"Mais, ces vêtements sont vrais eux. Comment as-tu fait pour me les acheter sans un sou en poche?"
"Je viens de te le dire: illusion!"
"J'ai peur de comprendre ... Crois-tu que les marchands de Naoned vont apprécier la plaisanterie lorsqu'ils comprendront qu'ils se sont fait floués?"
"Quelle importance puisque tu as tes habits et que je me suis bien amusé! C'est le plus important, non?"
"Tu es fou. Et encore je suis en dessous de la vérité ... Et moi? Tu as pensé à moi? ... Ils vont lancés des tueurs à mes trousses ... Peut-être sont-ils déjà sur mes traces..."
"Ne t'en fais pas: tu ne reviendras jamais à Naoned."
Cette dernière phrase raisonne encore dans ma tête à la fois comme une sentence et une libération.
Sentence car elle met un terme définitif à mon enfance.
Libération car je peux enfin me consacrer à plein temps, à l'avenir radieux qui se dessinait devant moi.
"Je te dis, moi, que le plus court chemin pour l'Hibernie, c'est de couper à travers la forêt! T'es un arbre oui ou non?"
Par ces paroles j'ai mis fin aux procrastinations de O'Kensse.
Me voilà donc de retour (déjà) dans Brocéliande la mystérieuse.
Je suis attiré par elle comme la flèche par sa cible!
Seulement j'ai l'étrange sensation de ne pas être le projectile!
J'y suis comme un pauvre hère à la recherche d'une chose qu'il ne trouvera jamais.
O'Kensse, lui, est bougon.
Pourtant j'ai le sentiment qu'il sourit.
Il faut dire qu'il est chez lui!
Alors que moi...
Je suis doublement perdu: mon corps ne sait pas où il va et mon âme s'abîme dans le gouffre sans fond de la passion!
Il sourit donc pour moi. Malgré moi, devrais-je dire!
Car même si je ne souhaite pas l'admettre je suis heureux de mon sort, jamais il n'a été aussi brillant!
Je porte des vêtements neufs et riches.
Je pars à la conquête de la plus belle créature que cette terre ait portée... même peut-être avant la licorne!
Je suis résolu à devenir un grand seigneur. Le plus grand qu'il soit, afin de faire la fierté de ma mie!
"Oui Korydwenn! Tu seras fière de moi, je serai ton champion même si, pour y parvenir, je dois massacrer tous ceux qui se mettront sur ma route! Même si pour cela, je dois assaillir la forteresse de ton coeur et sans doute y briser mes rêves de gloire!"
Pardonne moi Seigneur, déjà mon esprit, lui aussi s'égare!
Orgueil.
Pêché capital.
Mais qu'importe, puisque je viens de pénétrer dans l'autre monde!
Ma dulcinée, ma beauté mystérieuse est une dame, la fille d'un très haut dignitaire hibernien. Jamais je ne pourrais la revoir!
Sauf si je deviens seigneur!
J'en arrive même à me demander si O'Kensse n'y est pas pour quelque chose: si ça se trouve il a utilisé sa magie pour faciliter notre rencontre!
Je ne l'en remercierai jamais assez!
Korydwenn.
Korydwenn.
Ca sonne plutôt joliment comme prénom.
Lorsque j'ai demandé à mon goguelin goguenard ce qu'il signifiait, voilà la réponse qu'il m'a jetée (ceci est la version "courte" dans notre propre langue, enfin à peu près!) :
"Elle? Une sainte patronne? Tu veux dire qu'elle s'appelle Brigitte? Et bien tu ne peux pas le dire comme tout le monde!"
"Lorsqu'une langue est belle, on préfère la chanter plutôt que de se laver la bouche après chaque mot!"
Slurp! Slurp! De vider notre gourde sous forme de galéjade.
"Je te jure toi! Tu es vraiment impayable."
Mais déjà mon esprit retourne à des préoccupations plus romantiques.
Je suis amoureux non seulement de l'Archange de la beauté (il existe puisque je l'ai rencontrée!) mais aussi de la patronne du pays le plus ancien du monde!
C'est tout moi ça!
Mais, après tout, ne suis-je pas un grand seigneur putatif?
Je commençais à m'impatienter. J'étais fatigué de nos recherches vestimentaires! Je n'écoutais que d'une oreille les propositions mercantiles, je ne regardais que d'un oeil les tissus et les couleurs...
Bref! O'Kensse était le seul à s'amuser!
D'ailleurs comment se faisait-il que personne ne remarquait sa nature? Ils étaient aveugles ou quoi? ... Je ne croyais pas si bien dire! ...
Je vous raconterai!
Mon esprit divaguait!
Mon regard aussi.
Il est alors attiré par un mouvement de foule non loin de moi.
Laissant mon facétieux farfadet à ses occupations, je me dirige vers le lieu du chahut. Bien (ou mal? L'avenir me le dira!) m'en a pris!
Je fends la foule.
C'est quand je suis parvenu à quelques mètres des personnes à cheval, auteurs des troubles parmi les vulgaires, que je l'ai vue!
Père Jean m'a appris que les anges étaient asexués!
Quitte à me faire excommunier, j'affirme aujourd'hui que c'est faux: celui que j'ai découvert ce jour-là était clairement du beau sexe!
Eblouissante.
Gracieuse.
Merveilleuse.
Souriante.
...
Démoniaque.
Ca ressemble à un lexique sans règle précise mais c'est la retranscription la plus fidèle possible des méandres suivis par mon cerveau à ce moment précis.
A défaut d'incure, on peut me traiter d'incurable!
Je suis un adorateur de Lug, bon sang! Je devrais apprendre à le vénérer au lieu de citer des expressions latines à tout bout de champ!
Pourquoi celle-ci m'est-elle brusquement revenue?
La lumière est l'ombre de Dieu.
C'était une des préférées de père Jean. Entre autres!
Elle oppose l'ombre et la lumière.
Mieux elle les associe pour qu'elles ne fassent qu'une!
Dualité de l'existence?
Non, plutôt unicité du Seigneur. Omnipotence.
Mais là n'est pas mon propos!
Cour de lumière et cour d'ombre.
Je n'ai pas tout compris à ce que m'a dit O'Kensse. Il parle trop vite.
Je sais juste que celui que je viens de tuer était un "ombreux"!
"Eux, de la cour d'ombre, ne sont différents de nous autres "lunineux" que par leur volonté d'imposer nos croyances aux "non-sylvestres" que vous êtes!"
Je vais être un seigneur respecté. C'est mon arbre qui me l'a dit!
Alors ça ne peut être que vrai.
J'ai bien ri. C'est déjà ça!
"T'es vraiment impayable! Moi seigneur? Tu m'aurais dit pendu ou assassiné je ne dis pas mais seigneur?... Je suis larron, sans le sou et sans aucun état d'âme. Ce n'est pas à proprement parlé la description du parfait petit seigneur!"
"Grand!"
"Quoi grand?"
"Tu ne seras pas un petit seigneur mais un très grand seigneur, sage et clairvoyant!"
"Ben pourquoi pas roi alors?"
"Parce que ce n'est pas la lumière qui te convient mais l'ombre! Tu feras des rois mais tu n'en seras jamais un!"
"L'ombre! ... Seigneur de l'ombre! ... Voilà qui me correspond mieux! Finalement tu as sans doute raison, je serai un seigneur!"
Plus je regarde O'Kensse et plus je me demande ce que nous avons en commun!
Lui l'arbre de Brocéliande, lui l'être féérique envoyé par Viviane, lui le magicien aux nombreux talents et moi Louis, le larron, l'orphelin élevé par les moines, moi l'assassin des faibles, qu'avons nous en commun?
Brocéliande!
Voilà ce qui nous unis!
O'Kensse n'est que l'arbre qui cache la forêt, le Samildanach d'un monde qui se meurt et qui tente de me convaincre de venir à son secours.
Viviane n'était donc qu'une Bansidh.
Elle est venue à moi pour m'annoncer son arrivée!
O'Kensse veut que je devienne le tueur des Tuatha Dé Danann, le bras armé de Brocéliande !
Mais décidément le printemps a du mal à se faire respecter cette année. J'aurais dû choisir un fossé moins boueux!
Et O'Kensse qui n'arrive plus. Jamais là quand on a besoin de lui.
Qu'est-ce qu'il fait ce coquin? Où est-il d'abord?
En jettant un de ses sorts dont il a le secret, il pourrait peut-être me rendre imperméable... mieux il lui suffirait peut-être d'un geste pour faire apparaître un dîner... Qui sait?
Mais où est-il bon sang!
"Je suis là Louis. Pourquoi t'impatientes-tu ainsi? Tu n'as donc rien appris avec Maîtresse Viviane?"
Il me fait sursauter en plus! Non mais vraiment... Je vous jure!
"Chut! Tais-toi!"
Comme si un farfadet pouvait comprendre le mot "silence"!
"Qu'est-ce que tu fais?... Tu ne veux pas tuer quelqu'un j'espère?... Tu ne penses tout de même pas que je t'ai choisi pour ça? C'est tout moi ça... Pour une fois que j'adopte un mortel, il faut que ce soit un pauv' naze!"
J'ai bien entendu là? Vous avez aussi compris "pauv' naze"? Il est fou ce mec!
"Oui. T'es qu'un pauv' plouc tout juste bon à bouffer des racines!"
"Mais toi tu en manges des racines non?"
"Ouais mais moi je ne suis pas un gros nul!"
"Bon ça suffit. Qu'est-ce que tu veux à la fin?"
"Ouvre bien tes oreilles, je vais te révéler ta destinée!"
J'en suis presque fier: je possède un arbre. Moi qui n'ai jamais rien possédé de ma vie.
Au début, ça a été dur, O'Kensse est un vrai moulin à paroles. En plus, je ne comprend pas toujours ce qu'il dit car il parle un langage mystérieux que je crois être celui des êtres fééeriques de Brocéliande. C'est une langue harmonieuse et mélodieuse. On dirait presque qu'il chante!
Il parle aussi le latin. Heureusement.
Mon arbre.
Laissez-moi tenter de vous expliquer ce que cela veur dire:
Lors de mon séjour à Brocéliande, outre tout ce que j'y ai appris (l'origine du monde?) et tout ce que j'y est perdu (ma naïveté?), j'ai aussi été "adopter" par un arbre.
Car il est faux de croire que c'est vous qui l'adoptez!
Comme je l'ai interrogé à ce sujet, O'Kensse m'a révélé que chaque homme, chaque femme, possède son alter ego dans la forêt.
Nos curés diraient notre "ange gardien".
C'est à dire qu'un arbre de Brocéliande est "comme vous" quelque part. Le plus souvent vous passez votre vie en l'ignorant mais en certaines occasions, votre arbre vous adopte et décide de vous suivre dans votre vie terrestre. Ils prennent alors leur forme "matérielle" qui n'est autre que votre propre représentation dans le monde féérique.
J'aurais plutôt cru que c'était une licorne. Mais non!
J'ai donc l'honneur de voyager avec moi-même!
C'est une expérience que je conseille à tout le monde car elle vous permet de vous découvrir vraiment.
Ma quête initiatique venait de commencer. Je vais vous raconter jusqu'où elle m'a mené!
Je suis un conteur.
J'espère vous enchanter.
Je suis un baladin.
J'espère vous amuser.
Je suis un scribe.
J'espère être écrivain.
Je suis faillible et perfectible.
Je suis un être humain...
Tout simplement.
Un être humain avec ses multiples facettes.
Avec ses joies, ses peines, ses doutes et ses rêves.
Je ne suis ni Charles, ni Louis.
Ni l'épée, ni la plume.
Et pourtant tellement des deux...
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Un seul mot, une seule phrase, une idée pouvant changer la face du Monde, ceux que vous me proposerez dans vos commentaires seront intégrés dans mes articles et pourquoi pas, changeront l'histoire...
Alors n'hésitez pas!
Nous construirons la vie des deux héros ensemble.