Lui, le fan du cinéma des années 50, visserait un vieux feutre sur son crâne, saisirait sa cigarette entre le pouce et l'index, prendrait une lampée de whisky et, avec un accent exagérément américain, dirait: "Alors pépée, que dirais-tu de dire ce que tu sais à Lemmy Caution, ton agent fédéral préféré?"
Ensuite, à l'image d'un Eddie Constantine au faît de sa gloire, il écraserait sa clope de la pointe de la chaussure avant de disparaître en sifflotant un air de mambo.
Seulement, moi, je me débats avec la réalité. Beaucoup plus glauque.
"Qui t'a payé?"
"Un type!"
"Quel genre de type?"
"Le genre qui ne sait rien mais qui obéit fidèlement!"
"Un porte flingue quoi!"
"Oui. On peut dire ça... Ou un proxo des bas quartiers!"
"Il était accompagné?"
"Qu'est-ce que j'en sais?"
"Arrête, tu veux! Ne me dis pas que dans ton taf, on est pas curieuse! ... Etait-il accompagné?"
"Je ne sais pas. Pas loin, il y avait une grosse berline noire qui attendait. Et... avec le taf que je fais, comme tu dis, j'ai aussi appris à ne jamais m'approcher des grosses bagnoles aux vitres fumées!"
"Oui mais t'as vu la plaque!"
"C'est vrai."
"Donne."
"OK. C'est 10.000!"
"10.000 euros? Tu me prends pour un mac ou quoi?"
"Ecoute, mon grand! Primo, c'est pas moi qui suis venue te chercher. Secondo, l'info vaut bien ça, tu peux me croire! Tertio, 10.000 euros, c'est environ la somme qu'il me faut pour m'acheter une nouvelle virginité. Tu piges?"
Mon cerveau se demandait comment trouver une somme pareille. Seul!
Le reste de mon corps, lui, vibrait au rythme des respirations langoureuses de sa poitrine. Opulence de l'âme.
Alors que je suivais Morrigan dans l'escalier, ce qui ne manquait pas de perspective, je repensais à ce cher Professeur Jacques.
"Papa" Jacques.
"Pour obtenir de l'info, pas la peine de se prostituer, ni de fouiller les poubelles. Non, les jeunes, pour être un bon journaliste il faut penser à mettre son masque et à danser le menuet!"
A l'époque, nous étions jeunes, naïfs et un peu cons: nous le prenions pour un vieux sénile un peu timbré!
On était complètement à côté de la plaque.
En fait, il nous avait tout dit: le journalisme n'avait plus de secret pour nous! Il s'est bien gardé de nous le dire.
Pour ma part, ça m'aurait fait gagner quatre ans d'études!
Le vieux radoteur!
Aujourd'hui, alors que le parfum de ma compagne m'ennivre, pendant qu'elle s'escrime à trouver ses clefs d'appart, je sais que sa phrase recellait plus de sens qu'on ne croyait de prime abord.
Il voulait simplement nous faire comprendre qu'il nous suffisait de cacher notre personnalité derrière un masque afin de camoufler le plus possible nos véritables intentions à notre interlocuteur.
Ensuite on se laisse guider, faisant croire à l'autre qu'il mène la danse.
Si vous réussissez ce tour de force,et que vous n'êtes pas trop épuisé, il (ou elle en l'occurrence!) vous mangera dans la main après.
Voilà pourquoi notre dialogue, à moi et à Morrigan, a été des plus crus.
C'était le seul moyen d'apaiser ses craintes, de dompter sa réticence.
D'une carne rétive, elle sera désormais, je vous en fais le pari, une jument de pure race prête à galoper si je la mène bien!
J'ai mis mon masque de salaud et nous allons danser toute la nuit.
Voici une "jacquerie" digne de mon bon professeur.
Maintenant que je connais mieux les habitudes de Morrigan, je vais pouvoir essayer de la rencontrer.
Après un saut au journal, je retourne dans mon cybercafé préféré afin d'y relever mes messages éventuels.
Je vais devenir un vrai spécialiste de la culture celte et de tout ce qui tourne autour.
C'est un milieu étrange où se cotoient toutes sortes de gens qui vont des illuminés aux enseignants-chercheurs en passant par beaucoup de fondus du ciboulot!
Je savais que de mettre une annonce pour la vente du collier finirait par payer.
Parmi la dizaine de messages et newsletters que j'ai reçu, un m'est envoyé par LeC@LeC.com.
"Sommes intéressés pour achat collier. Prix raisonnable. RDV au Domaine de Ploucland à Ploucland semaine prochaine 15h00."
Ils sont gonflés tout de même. Ils m'invitent pour soit disant me racheter un collier qu'ils m'ont eux-mêmes envoyé! Certes, dans mon annonce, je ne précisais pas qui j'étais mais je ne les crois pas assez bêtes pour tomber dans le panneau!
Alors pourquoi ce message?
Sans doute préfèrent-ils ne pas prendre de risque!
Si je dis la vérité, ils récupéreront leur bien à moindre frais... et me tueront après. Si j'ai menti et que je ne me rends pas au rendez-vous, ils sauront que c'est moi et ils me tueront! Dans tous les cas je meurs et Alexandra aussi.
Non!
J'ai oublié un paramètre: s'ils m'ont gardé en vie jusque là c'est qu'ils ont besoin de moi!
Pourquoi?
S'ils avaient voulu me piquer leur papelard, je pense qu'ils le pouvaient aisément.
Surtout dans ce que mes confrères nomment les "quartiers chics de la capitale"!
C'est là que m'a promené ma promeneuse!
C'est la que la belle prend un vrai repos après avoir exercé ses talents péripatétiques et transformistes.
Comment je le sais?
Je l'ai suivie.
C'est tout simple mais il fallait y penser et quand il s'agit de réfléchir, je suis parmi les meilleurs! Tout le monde le dit: ma mère, Alexandra... Tout le monde.
Mon monde.
Pour "Le Monde" je suis plus dubitatif car je ne pense pas que les gars du journal me prennent vraiment au sérieux quand je leur dit que je suis un "pigiste d'investigation"!
Plutôt piteux pour une déesse de la mort, vous ne trouvez pas?
Elle a même une spécialité, si j'en crois ses consoeurs bitumeuses : les frappadingues qu'elle fait douiller à prix d'or la réalisation de leurs fantasmes les plus fous!
Elle a donc certainement été payée pour me faire sa petite comédie du pont des arts (qui porte décidément bien son nom!).
Elle s'est acquittée de sa tâche avec un certain talent et ... un goût prononcé pour la mise en scène et le costume.
Une fois de plus mes recherches sur le net se sont révélées instructives mais infructueuses.
Le Cercle?
Qu'est-ce que cela peut être?
Stonehenge?
Bien sûr.
N'importe qui penserait au cercle de pierres sacrées dont la légende dit qu'il aurait pu être créé par Merlin HIMSELF!
Tant qu'on y est, pourquoi ne pas croire aux feux follets, à Cùchulain et consor!
Autant dire: sombrer dans des débilos-croyances à cinquante centimes...
Très peu pour moi!
Non!
Moi je suis cartésien.
Pour moi, un plus un est égal à deux!
Pour moi, le Cercle ne peut être qu'un truc du genre club-select où pour entrer il "faut montrer patte blanche, gros portefeuille et smoking à 1000 euros."
Ca ne peut-être autrement.
Je me refuse à penser à autre chose!
Je suis journaliste. Débutant certes mais journaliste quand même! Alors ce que je cherche ce sont des faits pas des mythes pour gamins attardés!
En parlant de gamin, qu'est-ce qu'elle fait habillée comme ça, cette gonzesse?
Hey! Mais on dirait bien que c'est après moi qu'elle en a!
"Vous désirez quelque chose, belle valkyrie?"
Pourquoi est-ce que je pense toujours que mon charme naturel va opérer?
Et le flics qui ne sont jamais là quand on a besoin d'eux!...
Je ne savais pas que les "celteries" avaient autant d'adeptes!
Devant l'afflux de site en tous genres sur le sujet, je me suis créé une boîte mel dédiée à toute mes inscriptions diverses et variées de la toile! Jamais je n'ai reçu autant de "newsletter" de ma chienne de vie!
Je dois me fourvoyer!
Je poursuis mes pérégrinations, malgré le mal de tête et la fatigue. Malgré tout!
De toute façon taper m'occupe!
C'est curieusement de ma messagerie perso que provient le "You've got a mail" craint.
"Dernier avertissement! Cesse tes recherches ou elle meurt! Signé: Le CERCLE!"
Comme si le clavier me brûlait je lève les mains!
Réflexe débile!
Je sais très bien qu'ils la tueront de toute façon.
Je continue.
Comment faire pour savoir d'où a été émis le message?
De quel cercle parle-t-on? ...
Quelle signature originale: le CERCLE! Pourquoi pas, le Groupe ou l'Association?
Tiens! Le plus marrant aurait été : "Signés: ILS"!
Comment puis-je encore plaisanter?
Parfois je me dégoûte!
Ai-je le coeur aussi froid que le pendentif que je tripote dans ma poche?...
Ca fait tard, surtout pour ma pauvre Alexandra, mais je ne peux pas faire autrement.
En attendant je vais essayer d'avoir des infos sur mon "ennemi"!
Commençons par le plus facile: le pendentif!
Il me suffit de "googleliser" quelques minutes pour être sur la piste "celte". Si j'en crois le monde de la toile, il s'agit d'une représentation symbolique d'une croix celtique.
Quid?
La journée va être longue et fatigante pour les yeux.
C'est fou le nombre de pages qui traitent du sujet: symbolisme, druidisme, religion, géographie, histoire et légendes... Tout y passe!
Au moment où le cybercafé ferme, je n'ai exploré qu'une infime partie du domaine et dépensé plusieurs dizaines d'euros. "Mon vieux tu bouffes l'héritage de tes enfants!" Voilà ce qui m'est venu à l'esprit à ce moment-là!
T'as pas d'enfants, grosse tâche!
Ce que tu peux être débile parfois, mon pauvre Charles!
"Vous faites des cartes d'abonnement?"
"A demain, merci!"
"Au fait vous ouvrez à quelle heure?"
"Merci, à demain matin alors!"
C'est la première fois que je marche dans une rue et que je regarde les gens! Non, non! Je ne vous parle pas de lever les yeux sur une charmante jeune fille qui ondule du croupion. Non, je vous parle "d'observer" ceux qui vous croisent, qui vous doublent, qui vous bousculent... Essayez un jour et vous constaterez à quel point toutes ces personnes sont... suspectes!
"Qu'est-ce que vous avez à me regarder comme ça vous?"
"Hein?"
"Excusez-moi, Monsieur, je vous ai pris pour quelqu'un d'autre!"
J'ai juste un peu peur que ce soit un "morceau" de Alexandra! Vous savez, genre: "Si tu ne fais pas ce qu'on te dit on lui coupe le reste!".
Un pendentif.
A moins qu'elle ne me l'ait jamais montré ce n'est pas un des siens.
C'est donc l'indice censé me mettre sur la piste des kidnappeurs!
C'est à ce moment-là que je dis: "Putain! C'est eux! Les salauds, je vais les buter."
Ouais! Ben pas là, non!
C'est plutôt: "Mais qui sait bordel?"
Le mot chifonné au fond de la boîte ne m'en apprend pas plus: il réitère l'avertissement trouvé chez elle sauf qu'il est dactylographié sur du papier de meilleur qualité.
Il est déchiré d'un côté, comme si, pris par l'urgence, on avait ôté un en-tête compromettant.
Il s'agit donc d'une feuille provenant d'une ramette d'une société ou du moins d'un établissement ayant pignon sur rue.
Wouaouh! Je progresse...
C'est désespérant!
Je vais reprendre depuis le début.
Le palais présidentiel. Il me faut y entrer.
Cette fois je vais prendre la voie officielle: je dois obtenir mon accréditation pour la prochaine conférence de presse. Ca sera un début!
En exhibant le bijou, je vais bien voir si je provoque une réaction.
De toute façon, ça urge et je n'ai rien d'autres à me mettre sous la dent (de requin)!
Je sais pourquoi le rédac'chef dit de moi que je suis vert...
Loin de moi de penser avoir autant de talent mais "il n'est de bons titres qui ne se copient" disait un de mes profs qui ne m'a pas laissé d'autre souvenir que cette phrase. Absurde.
Alexandra a été enlevée!
Mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour (décidément je fais dans la copie aujourd'hui!) est entre des mains mal intentionnées!
Par ma faute.
Enfin c'est ce que dit le message griffonné que la Police a trouvé chez elle!
"Si tu veux la revoir vivante, arrête tes conneries et rends nous "le Pacte"!"
Qu'est-ce que c'est que ce pacte?
C'est la question que tout le monde se pose: les flics, moi, vous... Tout le monde!
"J'en sais rien!" ai-je répondu poliment (vous avez remarqué qu'on est toujours plus aimable avec les condés lorsqu'on a besoin d'eux?).
"Comment savez-vous que c'est à moi que ça s'adresse d'abord?"
"J'en sait rien (lui aussi fait dans la répétition!) mais vous apparaissez en bonne place dans ses agendas, votre photo est partout chez elle. Il est donc logique que je pense à vous non?"
Implacable.
"J'avoue ne rien comprendre!"
"Vous n'êtes pas journaliste?"
"Si mais quel rapport?"
"Vous travaillez sur quoi en ce moment?"
Devant la pertinence des déductions de ce poulet, je me jure de ne plus jamais vouloir les chambrer... qu'en cas d'absolue nécessité!
"Sur rien de sensible!"
"Vous ne voyez vraiment pas pourquoi on aurait fait ça?"
"Non."
Mentir avec aplomb est une des premières choses que j'ai appris dans ma vie: pour draguer, pour se faire pardonner, pour faire plaisir... Cherchez bien et vous verrez que nous passons notre temps à mentir, à faire des promesses que nous ne tenons pas!
Cette fois-là, j'ai menti une grande partie de la nuit!
Il était coriace le loustic!
Alexandra, c'est sûr, si on te retrouve vivante je promets de t'épouser et de te faire autant de gamins que tu le souhaites!
"Parole, parole, parole..." me dirait-elle si elle était là!...
Voilà ce que je me suis vu rétorquer lorsque je me suis présenté à l'entrée du palais présidentiel!
"Je souhaite rendre un objet de grande valeur qui appartient au Président! Je suis un de ses amis!"
C'était crédible comme approche non?
J'avoue que c'était juste pour tenter le coup! C'est mon côté "J'me la pète!". Ben quoi? Dites tout de suite que je n'ai pas la tronche d'un ami du Président!
Ca m'a permis aussi de chambrer les hommes en bleu qui nous font assez chier le reste du temps.
Je leur ai répondu: "Votre majesté, je ne sais pas si c'est le whisky qui vous conserve mais vous ne faites pas votre âge!"
Je n'ai pas attendu leur réaction! Leurs yeux exorbités et leur trogne rougie ont suffi à mon bonheur!
Je me demande encore s'ils étaient rouges de colère ou simplement parce qu'ils se concentraient pour comprendre s'il s'agissait d'une insulte!
Les pauvres!
Mais c'est tellement tentant et tellement facile de se moquer d'eux!
Et dire que ce sont les mêmes qui "gardent la paix!"
"Dormez en paix braves gens, la police veille!"
Trève de plaisanterie.
Je suis inquiet. Alexandra ne répond toujours pas!
"C'est encore moi! T'as perdu ton portable ou quoi! Rappelle!"
C'est décidé: si elle m'appelle dans la journée, je l'épouse!...
Qu'est-ce que je lui ai apporté comme écho depuis le début de mon stage: un vieux bout de papelard jauni et incompréhensible!
"Tu m'avais promis des infos de première bourre sur l'Elysée! Tu m'avais dit que tu y avais un indic de première catégorie! ... Foutaise! ... J'avais raison tu es vert mon grand! Vraiment très vert!"
Il m'énerve avec son "Tu es vert". Qu'est-ce qu'il veut dire à la fin?
Et Alexandra qui ne répond pas!
"Ouais, c'est moi! Rappelle! Bisou!"
Il veut des infos sur l'Elysée... Il va en avoir: je les inventerais s'il le faut!
Au fait! Mais oui bien sûr! Je suis con... Je sais comment avoir mes entrées au Palais présidentiel et en première classe encore!
Le petit tour chez Jean-Philippe n'a pas duré bien longtemps mais n'est-ce pas parce que je suis un esprit supérieur?
Sans doute.
"Un secret frappant, surtout pour un flic!" Ca ne vous rappelle rien? Mais si, réfléchissez un peu!
Vous avez pris le volant après une soirée entre collègues bien arrosée... Vous grillez un feu rue de Rivoli et là... la tuile: coup de sifflet, gilet fluo! Pris par la patrouille de Police...
Oui je sais, vous râlez; vous leur dites qu'ils feraient mieux de pouchassez les voleurs; vous tentez de négocier! Rien à faire... Mais ce n'est pas à ça que je voulais en venir. Non!
Fouillez dans vos souvenirs. Vous visualisez le bonhomme?
Bon!
Sa ceinture vous la remetez? Très bien.
Qu'est-ce que vous y voyez? Le flingue? Ok! Mais encore? Oui c'est ça de l'autre côté: le truc noir et dur dont savent si bien se servir les CRS... Le bâton de défense (qui ne porte pas si bien que ça son nom!), le tonfa dans leur jargon si particulier!
Quel rapport me direz-vous?
Et bien, Jean-Philippe possédait un tonfa creu! Incroyable non?
Si j'en juge par sa fin tragique, le vieux papelard que je tiens dans mes pognes est d'une importance capitale pour quelqu'un!
Seulement, j'ai beau le tourner dans tous les sens, depuis que je l'ai "emprunté" chez lui, je ne comprends pas un traitre mot de ce machin.
Devant l'entêtement des forces de l'ordre, je suis rentré chez moi, j'ai appelé Alexandra et j'ai avalé deux Doliprane.
Quel est donc ce scoop que voulait me révéler mon défunt flic!
J'avoue avoir douté, au début, mais un idiot paraît toujours plus crédible quand il est mort!
Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs mais lorsqu'un abruti insignifiant meurt de façon suspecte, on se dit toujours: "Tiens il n'était peut-être pas si con, cet abruti!"
Enfin moi c'est ce que je me suis dit alors qu'Alexandra insistait pour que je l'amène au resto: "Finalement il avait peut-être vraiment un scoop à me donner. On l'a tué pour ça!"
Ca y est, le moment est venu pour "on" de rentrer en scène!
Et à moi de m'éclipser avant qu'elle ne réserve une table dans un des resto les plus chers du quartier!
On l'a tué.
Pour moi c'est une évidence.
Pour les flics non. C'est un suicide.
Mon esprit contestataire gauchissant et anti-flic me souffle qu'ils ont tort. J'ai tendance à me croire! Pas vous?
Si!
Je suis sûr que vous aussi vous prenez un certain pied à vous dire que les enquêteurs sont des burnes et que vous allez résoudre l'enquête avant eux! Et sans forcer encore
C'est d'autant plus facile qu'ici, il n'y a pas d'enquête!
Donc, pour résoudre ce mystère, j'ai plusieurs avantages sur la police.
D'abord je sais que Jean-Philippe avait rendez-vous avec quelqu'un le soir où il a calanché!
Je dirais même qu'il n'attendra plus jamais personne.
Ce qui frappe chez un pendu, c'est son tein ôlivatre et bouffi.
Le moins que l'on puisse dire c'est que le lustre du salon est bien accroché pour supporter ce grand gaillard de Jean-Philippe.
Surtout qu'un cadavre pèse une tonne. Alors le sien!
Le reste de l'appartement est tel quel. Rien n'a bougé! Comment je le sais? Simplement car si j'étais flic et si j'avais la vie de mon "ami", tout serait ainsi: impersonnel, nickel crôme mais sordide!
Sur la table du salon, une lettre manuscrite est bien en évidence.
"J"en ai marre de cette vie de chien... et patati.." . Elle est remplie des banalités habituelles qu'un homme au bout du rouleau écrit!
Détail amusant (je m'en veux un peu de sourire en ce moment critique mais en fait, je ne le connaissais pas tant que ça!) : je me suis fait la remarque qu'il avait une sacrée belle écriture pour un simple "Pinot" sur le point de se suicider.
Comme quoi, il ne faut jamais se fier aux "a priori"!
Mon esprit investigateur a ses limites. Aussi, après un coup d'oeil rapide sur le reste de l'appart', je fais ce que tout bon citoyen découvrant un mort fait: je me barre!
Bien entendu, le journaliste que je suis flaire l'histoire intéressante car trop de choses clochent dans ce suicide.
Mais pour faire du bon travail journalistique, il ne faut pas avoir à faire avec les collègues souvent trop curieux du défunt.
Je m'éclipse donc mais pas trop loin afin de ne pas "rater" mon entrée prochaine!...
Il ne m'aura pas fallu longtemps pour sympathiser: une rencontre "fortuite" à son bar favori, une demi-douzaine de bières et nous étions copain comme cochon.
Ce qu'il y a de fascinant chez les flics c'est leur capacité à vous raconter leur vie à peine vous les connaissez.
C'est sans doute leur psy qui leur conseille "d'évacuer" le stress de leur métier pénible.
Jean Philippe applique cette consigne à la lettre.
Je ne savais pas qu'on pouvait rater sa vie à ce point.
Il a eu de mauvais parents, de mauvais profs, de mauvais chefs et de mauvaises femmes.
Enfin c'est ce qu'il dit.
Ses parents l'ont mis dehors alors qu'il venait de rater son BAC pour la troisième fois. Parvenu à réussir miraculeusement le concours pour être Gardien de la Paix, preuve que parfois certains passent entre les mailles du filet comme on dit, il finit bon dernier de sa promo et se retrouve cantonné à des tâches ingrates, évitant par la même à de meilleurs que lui de les exécuter. Vous ajoutez à ça deux mariages, ratés, et deux divorces, ratés aussi, heureusement sans enfant, et vous avez le profil de mon "contact" à l'Elysée!
Pas brillant me direz-vous!
La suite vous donnera tort.
Enfin, tort c'est vite dit.
Disons que lui rendre visite dans son appartement de banlieue parisienne va être, pour moi, le début d'une grande expérience.
Le 12. Voilà j'y suis.
Il m'a dit qu'il créchait au 22ème étage. J'espère qu'il y a un ascenseur.
J'espère surtout que ce qu'il a à me dire vaut le trajet car j'ai horreur de ces trains de banlieue.
" Tu cherches un scoop Charly (j'ai aussi horreur qu'on m'appelle comme ça) je vais t'en donner moi tu vas voir. Viens chez moi le soir du 1er mai on fêtera ça ensemble et je te dirai un truc dont tu me diras des nouvelles!"
Qu'il est long cet ascenseur. Il n'en finit pas.
"Hey le flic! Je baise ta mère, je baise ta femme et toi... je te baise aussi" ce tag, certainement écrit par un de ses fans, prouve que même dans son immeuble sa vie est un cauchemar.
Dans quelle galère tu t'es fourré, mon pauvre Charles!
Je suis un conteur.
J'espère vous enchanter.
Je suis un baladin.
J'espère vous amuser.
Je suis un scribe.
J'espère être écrivain.
Je suis faillible et perfectible.
Je suis un être humain...
Tout simplement.
Un être humain avec ses multiples facettes.
Avec ses joies, ses peines, ses doutes et ses rêves.
Je ne suis ni Charles, ni Louis.
Ni l'épée, ni la plume.
Et pourtant tellement des deux...
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Un seul mot, une seule phrase, une idée pouvant changer la face du Monde, ceux que vous me proposerez dans vos commentaires seront intégrés dans mes articles et pourquoi pas, changeront l'histoire...
Alors n'hésitez pas!
Nous construirons la vie des deux héros ensemble.