L'autre jour nous avons croisé un vieillard assis sur une pierre au bord de la route.
Il était immobile. Une ombre.
Le caillou qui lui servait de trône devait être plus jeune que lui.
Nous avons passé notre chemin.
"Où cours-tu homme-vent? Qui crois-tu être pour ne pas regarder ce qui t'entoure? Crois-tu donc être l'astre lumineux que tu ne daignes jeter le moindre regard sur tes semblables?"
O'Kensse a ri.
J'étais énervé.
"Et toi, le vieux, que crois-tu m'apporter? Pourquoi prendrais-je le temps de te regarder: tu es si insignifiant? Que fais-tu pour le monde, toi, assis là sur ta caillasse?"
Derechef, O'Kensse a ri.
Oripilant.
Le vieux a pris son temps pour répondre. C'est tout ce qu'il avait à m'offrir sans doute, du temps.
"Vois-tu, étranger, je fais plus assis là sans bouger que toi qui gesticules et te débats avec ton destin!"
O'Kensse était hilare.
"Ah oui? J'avoue ne pas comprendre. Je suis un chevalier. L'épée de l'Autre Monde. L'envoyé de Viviane. Je tuerai tous ceux qui se mettront en travers de mon destin. Et toi? Qui es-tu?"
"Personne. Je suis seulement là, témoin de TON histoire. Sans moi tu n'es rien!"
O'Kensse est venu à mon secours, enfin je l'ai cru sur le moment: "Il est tard. Nous n'irons pas plus loin aujourd'hui. Mais toi poursuis ton chemin! Prends le temps d'écouter ce qu'il a à te dire."
Nous ne sommes partis que le lendemain.
Ô Berch'ed adorée, je sais que c'est toi qui as mis ce vieil homme sur ma route.
Pièces, couloirs, pièces, couloirs... et toujours pas de trésor!
Qu'il est difficile d'être un héros.
Ma Bretagne me manque.
Ô Brocéliande! Ô cher pays de pierres, d'eau et de feu! Comme me manquent ce Golfe découpé, ces calvaires qui nous rappellent que nous ne sommes sur terre que par la volonté de Dieu, ces humbles demeures des chasseurs de l'océan et leurs âtres accueillants où grillent leurs succulences maritimes...
Amour! Mon amour!
Je suis à ta recherche. Tu es mon guide et pourtant je ne suis rien loin de la terre de mes ancêtres.
Amour! Mon amour!
Tu remplis mon âme, mon coeur et tout mon être.
Les menhirs, les lutins, l'Armorique m'ont façonné, m'ont fait tel que je suis, tel que je t'aime...
Amour! Mon amour!
Sans toi je m'enfonce dans le néant. Une étoile mourante.
Comme je ne ne suis qu'une poussière loin du triskell et des coutumes de mon pays, des sortilèges des êtres de la forêt.
Enfin je vois la lumière.
Enfin je vois le trésor. J'arrive Berch'ed. J'arrive mon amour!
Enfin je vais quitter ce lieu de perdition dans lequel mon âme s'abîme.
Je n'en parle point à O'Kensse, il ne comprendrait pas.
? (j'ai perdu la notion du temps) - Château des quatre vents.
Beurk!
Je suis couvert de viscères encore fumantes.
Cet O'Kensse je vous jure!
Pourquoi ne peut-il pas tuer proprement? Vous savez: genre je tends le doigt, un rayon touche la bestiole en plein coeur et elle meurt! Pas une trace. Pas une souillure. Rien. Juste un troll de moins!
Mais non, trop simple! Il faut toujours qu'il se fasse remarquer.
Je vous jure. Il m'énerve.
"C'est bon? On peut y aller maintenant? T'as fini de t'amuser?"
Il m'énerve.
"Qu'est-ce que tu deviendrais si je n'étais pas là?"
Il m'énerve.
" Et puis nettoie-moi un peu tout ça! Un homme de ta condition ne peut se permettre d'être négligé!"
Il m'énerve.
"Quand tu auras fini tes grimaces, on va peut-être pouvoir aller chercher l'armure! Hein! Qu'est-ce que t'en dit?"
Je maudis ce diable d'arbre de m'avoir laver le cerveau!...
"Si je le tenais!"
Je dus combattre.
Qu'aurai-je pu faire d'autre?
C'était eux ou moi?
Ce fut eux! A mon grand soulagement.
Ce soir au dîner ce sera Trolls pour tout le monde.
Et grillés s'il vous plaît.
C'est la spécialité de la maison!
Bon d'accord j'avoue O'Kensse m'a donné un léger coup de pouce! Même s'il fut long à arriver.
Un vrai travail de duettiste, en fait.
Moi à la découpe et lui à la cuisson.
Pardon, je ne vous ai pas raconté comment il m'a rejoint. Ben!...
J'en sais rien. Il est juste arrivé au moment ou j'allais me faire croquer!
"Alors, gamin, on s'ennuie?"
"Euh! Je n'ai pas la tête à plaisanter là tu vois?"
"Ce ne sont que des Trolls tu sais? Rien de très grave! Et puis tu t'en sors très bien! Bon, moi j'avance un peu. Ne tarde pas trop quand même, je t'attends plus loin!"
"Une petite question avant que tu partes: comment on les tue ces bêtes là?"
"Aïe! Je redoutais ce moment. Je ne peux pas te le dire!"
Un des Troll, plus glouton que les autres tente alors de me gober, comme ça d'un seul morceau. Je l'esquive.
Clac!
Il perd deux dents.
Oups! Je crois qu'il est en rogne ("Les os!" plaisante O'Kensse!... Il m'énerve mais il m'énerve...).
"Pourquoi? Tu veux que je te supplie?"
"Non, ce n'est pas ça. C'est juste que je n'aime pas le feu!"
"Et alors?"
"C'est ce qui les tue! Faut tout te dire à toi!"
"Tu m'exaspères. Un jour tu arriveras trop tard et je mourrai!"
"Ce jour-là, s'il vient, je ferai une de ces fêtes... Exaspère? Tu arrives encore à le dire malgré la situation? Chapeau! Tu es trop fort!!"
Vous avez déjà vu un arbre danser?
Moi si. (... il m'énerve mais il m'énerve...)
Il ne s'est décidé à m'aider qu'après qu'une de ces bêtes créatures ait essayé de lui arracher une branche. Sans doute avait-il confondu le lichen avec de la salade!
Vous vous doutez bien que finir dans l'estomac sans fond d'un troll ne m'enchantait pas trop!
Enchanter?
Mais oui c'était ça!
Celle qui vivait dans cette forteresse était une enchanteresse!
N'avait-elle pas enfermé les brumes d'Avalon dans une armure?
"Tout n'est qu'illusion!" je devrais pourtant le savoir!
Je vois d'ici le sourire narquois d'O'Kensse.
"Je te l'avais bien dit!"
"Pff! Je m'en fiche que vous m'attendiez ou pas puisque vous n'existez que dans ma tête et dans l'imagination de l'hôtesse!"
"Hein? De quoi parles-tu, vaurien? Présente-moi ton bras que j'y plante mes crocs! Allez quoi, juste pour goûter!"
C'est fou ce qu'est capable de faire un illusionniste, de nos jours! Ils sont plus vrais que nature! Avec l'odeur, la laideur et les postillons en plus. C'est peu ragoûtant!
Je m'entête.
"Je vais fermer les yeux et, lorsque je les rouvrirai, vous aurez disparu!"
1er octobre 998 - devant le château des quatre vents.
Schunlk!
La dernière tête vole dans les airs et éclate littéralement sur un rocher.
O'Kensse est couvert de sang.
J'en rigole.
"Tu t'es vu toi?" me dit-il, ronchon.
Non. Je ne peux me voir.
Par contre, à l'odeur je peux deviner que je ne dois pas être mieux que lui. Ces fourbes kobolds sont moches, hargneux, méchants mais leur plus gros défaut c'est qu'ils puent de l'intérieur.
De l'extérieur aussi d'ailleurs.
Qui a eu la maladresse de créer des créatures pareilles? Je me le demande.
Si c'est le seigneur des ténébres, il devait être sous l'emprise de substances toxiques.
"Les kobolds sont des êtres inférieurs de la cour d'ombre. Tes ennemis. Ce sont les premiers que tu rencontre mais pas les derniers, crois-moi. Ceux-là sont certainement ceux qui ont massacré le village du frappeur. Ils ont eu ce qu'ils méritaient ces satanés merdes!"
Et de cracher.
"Pourquoi tant d'animosité?"
"Ils sont tellement bêtes qu'à chaque fois qu'ils viennent en forêt, que ce soit à Brocéliande ou ailleurs, ils font du feu..."
Re-crachat.
"Combien étaient-ils? 20? 30?... J'ai les muscles endoloris. Crois-tu que nous en rencontrerons d'autres dans le château?"
"La vraie question, mon cher, est celle-ci: comment pouvons nous pénétrer dans cette forteresse?... Car, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, le pont levis est baissé, les douves font 20 toises de larges et les remparts 12 de haut! Une vraie partie de plaisir!"
Elle ne semble pas habitée ou alors par des courants d'air!
Je ne croyais pas si bien dire!
Le vent près des douves à la puissance de dix chevaux!
Aucune végétation ne peut pousser dans la zone pas même une herbe folle. L'eau des fosses est animée de vagues océanes. Le château est une île inaccessible.
Avalon.
Je pense à Avalon.
O'Kensse a les branches qui craquent! Je dois me retenir à ce que je trouve pour ne pas m'envoler.
"Si seulement j'avais mangé à ma faim ces derniers jours, peut-être serais-je alors plus lourd!"
Ridicule.
Je ne peux approcher.
"C'est le moment de me faire voir ce que tu as dans les tripes, seigneur Louis!"
Il en a de bonnes O'Kensse!
Qu'est-ce qu'il veut que je fasse? Que je me transforme en oiseau? A quoi cela servira-t-il de toute façon? En rocher? Oui, juste histoire de rester planter là!
Non vraiment, je ne vois pas!
"L'imagination, bon sang! Combien de fois faudrat-il te dire que tout n'est qu'illusion! Imagine une solution... Vite!"
Mon éducation religieuse, vous vous en doutez bien, ne m'a pas permis vraiment de développer mon imaginaire.
Avec les moines c'était plutôt: écoute et apprends!
Foutaise.
"Alors? Tu attends le déluge, moussaillon?"
Comme si j'avais envie de rire.
"Ah oui! Tu veux que j'imagine quelque chose? D'accord!... Pourquoi ne prendrai-je pas cette gourde vide et j'enfermerai le vent à l'intérieur? Hein?"
"Eh ben tu vois quand tu veux! C'est exactement comme ça qu'elle a fait, la reine des vents, pour emprisonner le brouillard dans l'armure!"
"Wytrhgfl! Pomqrtbcd!"...
(Cette retranscription de l'incantation de mon arbre, est approximative car j'avoue que le langage d'O'Kensse restait encore , pour moi, même si je faisais des progrès, un sabir imprononçable! Quant aux gestes qui vont avec... je ne vous en parle même pas!)
"Vite rebouche la!"
L'espace qui nous sépare de la citadelle est, à présent, calme et vide ...
Mon éducation stricte et chrétienne m'ont empêché de la voir.
Et puis le peut-on vraiment?
"Avalon, c'est l'image de ce que le monde aurait dû être!" me dit O'Kensse.
Ca m'aide?
"Avalon est ce pour quoi tu te bats!"
"C'est plus Brocéliande?"
"Si. Brocéliande est l'avant poste d'Avalon dans le monde perdu. Si elle disparaît Avalon ne sera plus rien."
"Ah!"
Oui à ce moment-là c'est effectivement tout ce qu'il m'est venu en tête. Mais ce "Ah!" se transformera bientôt en "AH!" de satisfaction lorsque j'aurai compris. Si un jour je comprends.
Sacré O'Kensse. Il est impayable.
"Un peu plus loin se trouve un château. Dans ce château vit la Reine des vents. Elle a emprisonné le brouillard d'Avalon dans une armure. Va la chercher!"
"Où est-elle cette hospitalité proverbiale des gens de la région?"
"Ne sois pas si dur avec eux! Regarde!"
La scène était épouvantable: hommes, femmes et enfants, tous massacrés et laissés là à pourrir.
"Ne ferme pas les yeux! Ne fuis pas tes responsabilités! Ceux qui ont fait ça sont tes ennemis. Tu es venu. Ils sont venus. Tu es la lumière, ils sont l'obscurité!"
"Je ... Je ne comprends pas! Que dis-tu?"
"L'ombre a toujours précédé la lumière. Ce n'est pas pour rien que tout le monde dit: "Depuis la NUIT des temps!" Qu'est-ce que tu croyais? Que tout allait bien se passer? Que tu pourrais jouir du bonheur avec ta dulcinée? Ces cadavres sont là pour te montrer que non! Alors regarde les sans baisser la tête. Assume! Tu es "la lame lumineuse" celui que nous attendions tous. Et je suis ton arbre! Montre-moi que tu me mérites! Poursuis ces assassins et tue les!"
"C'est pas vrai! Mais c'est pas vrai!"
S'apesantir sur mon sort ne servait à rien et je n'en avais d'ailleurs pas envie. Mais je ne voulais pas habituer O'Kensse à avoir le dernier mot, qu'il sache qui est le patron!
Lorsque j'ai dit que tout le monde était mort, j'ai menti. Veuillez m'en pardonner!
Il faut dire que l'être vivant que nous avons trouvé était si insignifiant que j'ai omis de le compter parmi les survivants.
Au fond d'une grange, bien cachée dans une carriole, nous avons découvert une créature tremblante et gémissante.
"Un frappeur!"
Pourquoi faut-il toujours que O'Kensse parle par énigme?
"C'est pas vrai, ne me dis pas que tu ne sais pas ce qu'est un frappeur?"
Leur discussion est plutôt intéressante car elles ont déjà parcouru des terres qui me sont inconnues.
Et puis, elles me parlent de Brocéliande et ça, c'est du bonheur!
O'Kensse reste silencieux. Ca me change!
Non, ce n'est pas vrai, en fait ça me manque énormément!
"N'es-tu pas content de traverser l'Hibernie en ma compagnie?"
"Ce n'est pas ça. Tu le sais bien. C'est juste que je me posais la question: comment puis-je t'avoir choisi? Tu ne me ressembles pas... Il faut vraiment que j'arrête l'alcool d'écorce!"
Voilà que je le retrouve. Taquin.
Pince-sans-rire.
"C'est comme ça que je t'aime!"
"Arrête! On finirait par s'attacher!"
Nous rions.
Ce fut un jour charmant comme je souhaiterais en vivre d'autres.
Il est vigoureux, jovial et verdoyant. Maintenant, oui, c'est mon arbre! Je l'avais égaré, je viens de le retrouver! Voilà la magie de l'Hibernie.
Quant à moi, je suis méconnaissable: de moins en moins lion et de plus en plus licorne.
Il plane sur cette terre un parfum de mystère originel.
Lorsque je regarde l'immensité sauvage qui s'étend devant moi, je ne peux m'empêcher de penser à Brocéliande. Mon corps est ici mais mon âme est définitivement enracinée là-bas.
Mon coeur, lui, est auprès de Brec'hed.
"Où es-tu gardienne de mon air? Fais-moi un signe que je te vois! La tête me tourne. Je peux à peine respirer. Libère-moi de ma souffrance... Je suis venu. Je suis là. Mon amour..."
"Ca va?"
"Oui. Je vais bien. Je vis. Je suis chez moi!"
"Oui sauf que chez toi y a rien!"
Je jette sur O'Kensse un regard rempli d'incompréhension!
"Tu es un migrant sans arme et sans équipage. Tu ne sais pas où tu es. Tu n'as pas de projet concret... Tu n'as rien... Voilà ce que je voulais dire..."
Comme un clin d'oeil à Francis, un chantre que j'ai croisé, je lui réponds cette simple phrase:
S'il fallait que j'en sois sûr, permettez-moi de vous dire que je le suis!
Mon élément n'est décidément pas l'eau.
Surtout quand elle bouge.
"Comme nous pardonnons aussi..."
Pourquoi a-t-il fallu que le seul navire en partance pour ma terre promise soit un si petit esquif?
"Et puis zut! ... Viviane, ma chère licorne donne moi la force du lion afin que je ne crache mes viscères!"
En plus, je suis de plus en plus soupçonneux: depuis notre rencontre et la mort de ces deux types, jamais il n'a fait quelque chose pour moi! Est-il mon ange gardien ou pas?
"Je ne suis que ce que tu veux que je sois!"
Il m'énerve avec ses phrases sans aucun sens!
Tenez je vais le prendre au mot!
"O'Kensse, ô mon bel arbre! Je souhaite que tu sois le calme après la tempête!"
"Alors?"
Il me regarde de son air benêt: "Alors quoi? ... Tu sais que tu as un gros défaut: tu manques de patience!"
Alors qu'une nouvelle fois je vomis mes tripes, j'entends la voix miraculeuse de la vigie sur la dunette:
La colère du seigneur de Sant-Maloù a cela de commun avec la vague marine: rien ne l'arrête.
Sauf la mort.
Sur un récif ou sur un rempart, qu'est que ça change?
Un Enragé.
Il écume de rage contre son adversaire qui l'a pourtant jugulé puis confiné dans sa cité.
Nous sommes assiégés.
Depuis un mois.
J'ai du mal à croire O'Kensse lorsqu'il me dit que la situation est risible.
Qui a-t-il de drôle, je vous le demande, à bouffer des racines et à boire de l'eau croupie?
"Ca forge le caractère! Et puis je te trouvais un peu enveloppé ces jours-ci!"
Sacré O'Kensse!
C'est vrai que ces derniers temps, nous avions enchaîné les victoires.
Et les banquets.
Il était temps que je me rationne.
Mais point trop n'en faut.
Même si le sort s'est acharné sur lui, il serait temps que le seigneur aux trois fées stoppe. S'il ne baisse pas pavillon, il ne nous restera que les draps sur la peau ... et la peau sur les os.
Lorsque le premier combat a eu lieu sur la plaine entourant les fortifications de Sant-Maloù, c'est comme si j'avais fait ça toute ma vie!
Jamais je ne me suis senti aussi bien.
Le vent qui cingle votre visage, alors que votre destrier galope vers ce mur hérissé de piques qui est votre objectif, est une expérience inoubliable.
Inénarrable!
C'est du domaine de l'irréel.
Du magique.
Celui qui n'a pas une fois dans sa vie pourfendu un ennemi d'un coup de braquemart, n'a rien connu.
Celui-là n'a jamais ressenti de plaisir.
Lorsque vous lui fracassez le crâne, vous vous sentez immortel, indestructible.
Invincible.
Vous remerciez le Seigneur de vous avoir permis au moins une fois de connaître un tel bonheur!
Combattre.
Guerroyer.
Massacrer. Jusqu'à épuisement.
Et ensuite, festoyer avec ses compagnons d'arme pour fêter une victoire qui, pourtant, se fait attendre.
Ca c'est l'aventure.
Ca c'est la vie.
Je sais qu'il est inacceptable pour un croyant comme moi de parler ainsi mais cela m'importe peu puisque la vérité de l'assaut est telle que vous perdez toute notion du bien et du mal pour ne garder que celle de l'honneur et de la gloire.
La perversité de la guerre vous fait réaliser, mais trop tard, à quel point vous n'êtes qu'une bête.
"Vouloir épouser ma fille! Quel toupet. Comment peut-on être encore à notre époque aussi discourtois?"
"Lui qui a moins de quartiers de noblesse que mon dernier baudet et qui ne doit se confesser qu'une fois l'an!"
Je vous en passe et des meilleures:
"Le pourceau."
"L'athée."
"Le vilain."
"Le bougre."
"Le bouffeur d'excréments."
... et des pas mures:
"Le sodomite."
"Le pourfendeur de pucelles."
"L'ignoble fat."
Bref, mon hôte était exédé.
La cible de ces sobriquets disgrâcieux et que je vous sers tels qu'ils me reviennent?
Un jeune nobliau de province (comprenez hors Sant-Maloù et ses environs!) qui avait osé, sous les oeillades assassines des gourgandines, demander la main de l'une d'entre elles.
Le déshonneur!
Voilà un motif à la guerre.
TOUT était motif à la guerre.
Même la paix!
Surtout pour Monsieur de Sant-Maloù qui, en plus d'être soupe-au-lait et plutôt sanguin, détenait trois joyaux d'une valeur inestimable pour les quelques "coquins" (ce sont ses propres paroles!) qui ambitionnaient d'évoluer au sein de la noblesse tout en prenant du plaisir.
Ses filles.
D'autant plus que les vierges sont aussi rares qu'un curé sans bedaine!
C'était intolérable.
Pour les deux partis.
Je fourbissais mes armes sans avoir à choisir un camp!
Non, je ne parle pas de la forteresse de mon hôte le baron de Sant-Maloù. Certes son donjon est plutôt haut et puissant et ses murs solides, même s'ils ne sont rien en comparaison de ce que j'ai vu depuis.
Non, je parle de citadelles bien plus imprenables: le coeurs des filles de monsieur le baron.
Il est vrai que tant par leur beauté que par leur impertinence, elles se rapprochent de l'image que l'on se fait de ces "créatures" du monde de Lug!
Pourt ma part, faisant partie des privilégiés qui ont rencontré Viviane, je dirais qu'elle me font plus penser à trois petite filles trop gâtées par un père devenu veuf très jeune.
Mais qui suis-je après tout pour les juger?
En plus, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit: l'insolence, quand elle se double de jolis minois, procure un plaisir certain à la gente masculine, dont je suis n'en doutez pas, habituée aux sièges longs et pénibles.
Le désir que procure la victoire n'en est que plus intense.
Pour faire simple: je suis comme un coq en pâte!
O'Kensse nage tel un poisson dans l'eau.
Il est comme partout ailleurs!
A l'aise.
Moi, je suis un navigateur débutant mais j'apprends vite.
Il faut dire que batifoler au milieu de Pasithée, Thalie et Euphrosyne est beaucoup plus aisé que parmi les requins!
Je passais de brillance en verdoyance.
Ca réjouissait l'âme!
Le temps passé en cet eden aura été un régal pour les sens.
J'avoue pourtant ne plus me souvenir aujourd'hui des véritables prénoms des trois Grâces qui m'ont rendu ce séjour si idyllique.
"Illusion!"
"Tout n'est qu'illusion dans votre monde crédule où la beauté du corps prime sur la perfection de l'esprit!"
Je soupçonne O'Kensse de vouloir me faire passer pour fou!
A quoi bon résister?
Je sombrai dans la douceur ouatée de l'aliénation.
"Mon maître, le baron de Sant-Maloù, a appris votre présence dans la cité. Il désirerait que vous lui fassiez l'honneur d'être son hôte dans son château."
"Hein! ... De quoi parlez vous?"
Re-tirage de manche o'kenssien.
"Euh! Oui, bien sûr! Dites à votre maître que tout l'honneur sera pour moi!"
"Et, pour quand dois-je annoncer votre venue?"
Je me lance dans une réponse qui prouve qu'on apprend vite à jouer les nobles:
"Lorsque le seigneur de Sant-Maloù vous convie, point vous ne pouvez le faire attendre. Allez mon brave! Je vous emboîte le pas."
Applaudissements silencieux de O'Kensse.
"Tu peux m'expliquer?"
"T'expliquer quoi seigneur?"
"Arrête, tu veux! C'est quoi ça? Pourquoi suis-je invité comme si j'étais un grand seigneur qu'on attend depuis longtemps? Je suis persuadé que tu y es pour quelque chose. Je me trompe?"
"N'es-tu pas noble? Le baron de Sant-Maloù fait simplement son devoir d'hôte en invitant un grand seigneur de passage dans son fief. Tu devrais être content!"
"Ouais. Je suis sûr que tu ne me racontes pas toute la vérité mais bon... Par contre il va falloir que tu m'aides maintenant. Comment dois-je me comporter? Que dois-je dire ou ne pas dire?..."
Je connaissais les remparts de Gwened. Magnifiques.
Ceux de Naoned. Solides.
Que dire alors de la cité de Sant Maloù?
Splendide.
Elle est surtout la porte ouverte vers la liberté, vers ma Korydwenn, vers ma nouvelle vie!
Si je reste bouche bée devant la magnificience d'une cité en pleine croissance, je suffoque tant l'air y est frais et iodé.
Se promener dans les rues du port, c'est déjà sentir le large.
Le vent, bruyant des cris des mouettes, apporte des senteurs venues de pays lointains.
Alors, le regard noyé dans l'horizon, on se prend à rêver: on se voit fouler des terres restées inconnues jusque là, découvrir des richesses inaccessibles auparavant, nouer des contacts avec des civilisations anciennes...
C'est ainsi que je me suis vu.
J'ai atteint ce que Brocéliande ne m'avait fait qu'entrevoir dans une vision éphémère et pleine d'espoir de mon avenir.
Voilà ce pourquoi j'étais fait!
Ma décision était prise: je voulais voyager, rencontrer des peuples, trouver des richesses, ouvrir la voie à d'autres ...
La voie de Lug!
Je souhaitais résoudre la grande énigme de notre présence sur terre, répondre à la douloureuse question du bien et du mal, briser le carcan de mon éducation religieuse pour enfin trouver la vérité et la révéler aux hommes.
Il est temps, pour nous tous, de prendre notre destin en main.
Si notre monde n'est pas l'oeuvre du Seigneur, c'est que nous sommes nos propres Dieux!
Samildanach aide moi!
Je brûlerai en enfer mais je suis Loeiz.
Je suis l'ombre au service de la lumière.
Nous avons trop longtemps été éblouis, trompés!
La nature doit reprendre ses droits et la vérité triompher!
"Mais, ces vêtements sont vrais eux. Comment as-tu fait pour me les acheter sans un sou en poche?"
"Je viens de te le dire: illusion!"
"J'ai peur de comprendre ... Crois-tu que les marchands de Naoned vont apprécier la plaisanterie lorsqu'ils comprendront qu'ils se sont fait floués?"
"Quelle importance puisque tu as tes habits et que je me suis bien amusé! C'est le plus important, non?"
"Tu es fou. Et encore je suis en dessous de la vérité ... Et moi? Tu as pensé à moi? ... Ils vont lancés des tueurs à mes trousses ... Peut-être sont-ils déjà sur mes traces..."
"Ne t'en fais pas: tu ne reviendras jamais à Naoned."
Cette dernière phrase raisonne encore dans ma tête à la fois comme une sentence et une libération.
Sentence car elle met un terme définitif à mon enfance.
Libération car je peux enfin me consacrer à plein temps, à l'avenir radieux qui se dessinait devant moi.
"Je te dis, moi, que le plus court chemin pour l'Hibernie, c'est de couper à travers la forêt! T'es un arbre oui ou non?"
Par ces paroles j'ai mis fin aux procrastinations de O'Kensse.
Me voilà donc de retour (déjà) dans Brocéliande la mystérieuse.
Je suis attiré par elle comme la flèche par sa cible!
Seulement j'ai l'étrange sensation de ne pas être le projectile!
J'y suis comme un pauvre hère à la recherche d'une chose qu'il ne trouvera jamais.
O'Kensse, lui, est bougon.
Pourtant j'ai le sentiment qu'il sourit.
Il faut dire qu'il est chez lui!
Alors que moi...
Je suis doublement perdu: mon corps ne sait pas où il va et mon âme s'abîme dans le gouffre sans fond de la passion!
Il sourit donc pour moi. Malgré moi, devrais-je dire!
Car même si je ne souhaite pas l'admettre je suis heureux de mon sort, jamais il n'a été aussi brillant!
Je porte des vêtements neufs et riches.
Je pars à la conquête de la plus belle créature que cette terre ait portée... même peut-être avant la licorne!
Je suis résolu à devenir un grand seigneur. Le plus grand qu'il soit, afin de faire la fierté de ma mie!
"Oui Korydwenn! Tu seras fière de moi, je serai ton champion même si, pour y parvenir, je dois massacrer tous ceux qui se mettront sur ma route! Même si pour cela, je dois assaillir la forteresse de ton coeur et sans doute y briser mes rêves de gloire!"
Pardonne moi Seigneur, déjà mon esprit, lui aussi s'égare!
Orgueil.
Pêché capital.
Mais qu'importe, puisque je viens de pénétrer dans l'autre monde!
Ma dulcinée, ma beauté mystérieuse est une dame, la fille d'un très haut dignitaire hibernien. Jamais je ne pourrais la revoir!
Sauf si je deviens seigneur!
J'en arrive même à me demander si O'Kensse n'y est pas pour quelque chose: si ça se trouve il a utilisé sa magie pour faciliter notre rencontre!
Je ne l'en remercierai jamais assez!
Korydwenn.
Korydwenn.
Ca sonne plutôt joliment comme prénom.
Lorsque j'ai demandé à mon goguelin goguenard ce qu'il signifiait, voilà la réponse qu'il m'a jetée (ceci est la version "courte" dans notre propre langue, enfin à peu près!) :
"Elle? Une sainte patronne? Tu veux dire qu'elle s'appelle Brigitte? Et bien tu ne peux pas le dire comme tout le monde!"
"Lorsqu'une langue est belle, on préfère la chanter plutôt que de se laver la bouche après chaque mot!"
Slurp! Slurp! De vider notre gourde sous forme de galéjade.
"Je te jure toi! Tu es vraiment impayable."
Mais déjà mon esprit retourne à des préoccupations plus romantiques.
Je suis amoureux non seulement de l'Archange de la beauté (il existe puisque je l'ai rencontrée!) mais aussi de la patronne du pays le plus ancien du monde!
C'est tout moi ça!
Mais, après tout, ne suis-je pas un grand seigneur putatif?
Je commençais à m'impatienter. J'étais fatigué de nos recherches vestimentaires! Je n'écoutais que d'une oreille les propositions mercantiles, je ne regardais que d'un oeil les tissus et les couleurs...
Bref! O'Kensse était le seul à s'amuser!
D'ailleurs comment se faisait-il que personne ne remarquait sa nature? Ils étaient aveugles ou quoi? ... Je ne croyais pas si bien dire! ...
Je vous raconterai!
Mon esprit divaguait!
Mon regard aussi.
Il est alors attiré par un mouvement de foule non loin de moi.
Laissant mon facétieux farfadet à ses occupations, je me dirige vers le lieu du chahut. Bien (ou mal? L'avenir me le dira!) m'en a pris!
Je fends la foule.
C'est quand je suis parvenu à quelques mètres des personnes à cheval, auteurs des troubles parmi les vulgaires, que je l'ai vue!
Père Jean m'a appris que les anges étaient asexués!
Quitte à me faire excommunier, j'affirme aujourd'hui que c'est faux: celui que j'ai découvert ce jour-là était clairement du beau sexe!
Eblouissante.
Gracieuse.
Merveilleuse.
Souriante.
...
Démoniaque.
Ca ressemble à un lexique sans règle précise mais c'est la retranscription la plus fidèle possible des méandres suivis par mon cerveau à ce moment précis.
A défaut d'incure, on peut me traiter d'incurable!
Je suis un adorateur de Lug, bon sang! Je devrais apprendre à le vénérer au lieu de citer des expressions latines à tout bout de champ!
Pourquoi celle-ci m'est-elle brusquement revenue?
La lumière est l'ombre de Dieu.
C'était une des préférées de père Jean. Entre autres!
Elle oppose l'ombre et la lumière.
Mieux elle les associe pour qu'elles ne fassent qu'une!
Dualité de l'existence?
Non, plutôt unicité du Seigneur. Omnipotence.
Mais là n'est pas mon propos!
Cour de lumière et cour d'ombre.
Je n'ai pas tout compris à ce que m'a dit O'Kensse. Il parle trop vite.
Je sais juste que celui que je viens de tuer était un "ombreux"!
"Eux, de la cour d'ombre, ne sont différents de nous autres "lunineux" que par leur volonté d'imposer nos croyances aux "non-sylvestres" que vous êtes!"
Je vais être un seigneur respecté. C'est mon arbre qui me l'a dit!
Alors ça ne peut être que vrai.
J'ai bien ri. C'est déjà ça!
"T'es vraiment impayable! Moi seigneur? Tu m'aurais dit pendu ou assassiné je ne dis pas mais seigneur?... Je suis larron, sans le sou et sans aucun état d'âme. Ce n'est pas à proprement parlé la description du parfait petit seigneur!"
"Grand!"
"Quoi grand?"
"Tu ne seras pas un petit seigneur mais un très grand seigneur, sage et clairvoyant!"
"Ben pourquoi pas roi alors?"
"Parce que ce n'est pas la lumière qui te convient mais l'ombre! Tu feras des rois mais tu n'en seras jamais un!"
"L'ombre! ... Seigneur de l'ombre! ... Voilà qui me correspond mieux! Finalement tu as sans doute raison, je serai un seigneur!"
Plus je regarde O'Kensse et plus je me demande ce que nous avons en commun!
Lui l'arbre de Brocéliande, lui l'être féérique envoyé par Viviane, lui le magicien aux nombreux talents et moi Louis, le larron, l'orphelin élevé par les moines, moi l'assassin des faibles, qu'avons nous en commun?
Brocéliande!
Voilà ce qui nous unis!
O'Kensse n'est que l'arbre qui cache la forêt, le Samildanach d'un monde qui se meurt et qui tente de me convaincre de venir à son secours.
Viviane n'était donc qu'une Bansidh.
Elle est venue à moi pour m'annoncer son arrivée!
O'Kensse veut que je devienne le tueur des Tuatha Dé Danann, le bras armé de Brocéliande !
Mais décidément le printemps a du mal à se faire respecter cette année. J'aurais dû choisir un fossé moins boueux!
Et O'Kensse qui n'arrive plus. Jamais là quand on a besoin de lui.
Qu'est-ce qu'il fait ce coquin? Où est-il d'abord?
En jettant un de ses sorts dont il a le secret, il pourrait peut-être me rendre imperméable... mieux il lui suffirait peut-être d'un geste pour faire apparaître un dîner... Qui sait?
Mais où est-il bon sang!
"Je suis là Louis. Pourquoi t'impatientes-tu ainsi? Tu n'as donc rien appris avec Maîtresse Viviane?"
Il me fait sursauter en plus! Non mais vraiment... Je vous jure!
"Chut! Tais-toi!"
Comme si un farfadet pouvait comprendre le mot "silence"!
"Qu'est-ce que tu fais?... Tu ne veux pas tuer quelqu'un j'espère?... Tu ne penses tout de même pas que je t'ai choisi pour ça? C'est tout moi ça... Pour une fois que j'adopte un mortel, il faut que ce soit un pauv' naze!"
J'ai bien entendu là? Vous avez aussi compris "pauv' naze"? Il est fou ce mec!
"Oui. T'es qu'un pauv' plouc tout juste bon à bouffer des racines!"
"Mais toi tu en manges des racines non?"
"Ouais mais moi je ne suis pas un gros nul!"
"Bon ça suffit. Qu'est-ce que tu veux à la fin?"
"Ouvre bien tes oreilles, je vais te révéler ta destinée!"
J'en suis presque fier: je possède un arbre. Moi qui n'ai jamais rien possédé de ma vie.
Au début, ça a été dur, O'Kensse est un vrai moulin à paroles. En plus, je ne comprend pas toujours ce qu'il dit car il parle un langage mystérieux que je crois être celui des êtres fééeriques de Brocéliande. C'est une langue harmonieuse et mélodieuse. On dirait presque qu'il chante!
Il parle aussi le latin. Heureusement.
Mon arbre.
Laissez-moi tenter de vous expliquer ce que cela veur dire:
Lors de mon séjour à Brocéliande, outre tout ce que j'y ai appris (l'origine du monde?) et tout ce que j'y est perdu (ma naïveté?), j'ai aussi été "adopter" par un arbre.
Car il est faux de croire que c'est vous qui l'adoptez!
Comme je l'ai interrogé à ce sujet, O'Kensse m'a révélé que chaque homme, chaque femme, possède son alter ego dans la forêt.
Nos curés diraient notre "ange gardien".
C'est à dire qu'un arbre de Brocéliande est "comme vous" quelque part. Le plus souvent vous passez votre vie en l'ignorant mais en certaines occasions, votre arbre vous adopte et décide de vous suivre dans votre vie terrestre. Ils prennent alors leur forme "matérielle" qui n'est autre que votre propre représentation dans le monde féérique.
J'aurais plutôt cru que c'était une licorne. Mais non!
J'ai donc l'honneur de voyager avec moi-même!
C'est une expérience que je conseille à tout le monde car elle vous permet de vous découvrir vraiment.
Ma quête initiatique venait de commencer. Je vais vous raconter jusqu'où elle m'a mené!
J'ai beau retourné le problème dans tous les sens, j'arrive toujours à la même conclusion: l'arrivée des cavaliers n'est pas due au hasard!
Il est impensable qu'une escorte voyage aussi loin de son seigneur. En plus, un moine exorciste, même s'il dépend de Cluny, n'a pas les moyens financiers d'avoir autant de gardes.
Non...
Ils étaient là pour lui.
Pour le parchemin.
Ils étaient envoyés par quelqu'un qui souhaitait grandement récupérer l'acte de "partage des âmes" que détenait le moine. Peut-être même que celui-ci savait qu'il était en danger et que c'est pour ça qu'il s'est défendu.
J'ai juste été plus rapide qu'eux!
Si c'est vrai, ça veut aussi dire que Viviane ne m'a pas dit toute la vérité! Cette affaire ne sent pas bon. Pas bon du tout.
Je ne dois pas m'attarder.
Mais, entreprendre un voyage comme ça ne s'improvise pas. Il me faut encore un jour.
Et une nuit! Hélas!
L'aubergiste me paraît un bon homme mais avec de l'argent on achète n'importe qui, même les plus honnêtes. Cette nuit je ne dormirai que d'un oeil.
Minuit. La porte qui vole en éclat.
Pourquoi n'ai-je pas suivi mon intuition? J'aurais dû quitter cette auberge.
Je vais pouvoir me remettre de mes émotions. Dormir, je ne pense pas mais savourer la solitude.
La grange est isolée, le foin fraîchement coupé et l'alleutier enfin couché.
Seul.
Certes je le suis depuis que j'ai quitté père Jean et le refuge douillet de l'abbaye! Mais après l'oppression de Brocéliande et l'étrange rencontre avec Viviane, mon existence me semble, pour la première fois, vide. C'est à la fois triste et reposant.
Mon esprit, lui, ne prend pas de repos. Il n'en prendra pas de si tôt, croyez-moi!
Pourquoi ai-je demandé que Viviane me traduise les runes du parchemin monacal? Pourquoi alors que tout n'allait pas si mal dans ma vie, a-t-il fallu que j'affronte mon destin?
"Alors que nous sommes nés avec le monde, d'autres sont arrivés et ont tenté de nous imposer leurs croyances!
Après avoir lutté en vain, il nous a paru sage de négocier.
Une grande réunion a eu lieu au cours de laquelle nous nous sommes en quelque sorte "partagés les hommes": à eux, les consciences et la réalité et à nous l'inconscient et le rêve!
Il a été décidé que Brocéliande resterait un terrain vierge où nous pourrions nous exprimer à loisir!
Ca fonctionnait jusqu'à maintenant!
Mais le fait que tu détiennes le parchemin qui scella l'accord prouve que nous nous sommes fait flouer! Ils souhaitent nous faire disparaître car nous sommes trop dangereux!
Les hommes ont toujours préféré rêver qu'accepter leur condition d'être humain!
Heureusement pour nous, tu as tué le moine.
Tu as interrompu le processus et réveiller les anciennes querelles!
Cet assassinat m'a appelé! Eux aussi.
Il te faudrat choisir un camp! Entre le bien et le mal!"
Entre le bien et le mal!
Elle en a de bonnes elle! Je n'ai rien demandé moi, je suis entré dans la forêt pour échapper aux cavaliers...
Je n'y viens pas souvent mais chaque fois j'ai le sentiment de la connaître depuis toujours!
Le vent dans les branches fait chanter les feuilles. Je les entends me murmurer : "Bienvenue Louis. Nous sommes heureuses de te revoir!" comme un leit-motiv euphorisant.
Les piaillements des oiseaux, les brâmes des cerfs et même les hurlements des loups me rendent impuissant tant ils me prennent aux tripes. Je me sens tout petit face à cette nature millénaire et indocile. Moi qui vient de tuer, et qui tuerai encore, je ne suis rien car Brocéliande m'a envahi le coeur pour me l'arracher et l'offrir au Soleil et à la Lune, ce couple indissociable et tellement dissemblable.
Sacrifice délectable dont je suis le spectateur soumis.
Je souris béatement lorsque se produit ce qui se révélera être le tournant de ma vie et l'avènement d'une ère nouvelle.
C'est à ce moment là que je l'ai vue.
Elle était là!
Immobile.
Elle me regardait de ses yeux à l'amende dessinée, si profonds que l'obscurité de la forêt paraît soudain éblouissante. Magnifique, enivrante et mystérieuse, elle était la plus belle expérience qui m'ait été permis de vivre.
J'aime les mythes. J'aime la Fantasy. J'aime le moyen-âge! Tout commence par la légende arthurienne. Derrière le conte se cache toujours quelque chose de plus profond. Toujours.
"Te voilà-toi! C'est pas trop tôt! Laisse-moi juste le temps de trouver une clairière avant de disparaître!"
Aujourd'hui je vais manger chaud sauf si la pluie revient.
Tiens! Il est temps pour moi de vous raconter comment j'ai appris à lire et à écrire!
C'était un matin frileux. Je devais avoir 4 ou 5 ans. Père Jean était à l'office comme tous les moines de l'abbaye.
Je m'ennuyais.
Et comme tous les gamins qui s'ennuient, je décidais de faire tout ce qui m'était interdit. Je me dirigeais donc vers la bibliothèque personnelle de père Jean.
La porte était fermé mais je parvins à me glisser par la meurtrière. Il faut dire en passant qu'à cette époque déjà, je ne mangeais pas tous les jours à ma faim et que je devais peser qu'une quinzaine de kilos.
La découverte des parchemins, des enluminures, des caractères, qui faisaient comme autant de dessins, a été, pour moi, une révélation. Rien que de les regarder me permettait de m'évader vers un monde inconnu que j'inventais au fur et à mesure.
Durant plusieurs semaines, je recommençais le manège sans problème. Je complétais mes recherches avec ce que j'entendais à la messe: je guettais père Jean pour savoir quel volume il prenait; j'écoutais le prêche et dès que je pouvais j'ouvrais le manuel afin d'en reconnaître cetains caractères!
Un jour père Jean me surprit.
Il décida de terminer mon apprentissage et m'obligea à subir, des heures durant, ses cours particuliers. Il était strict et sévère.
J'étais aux anges!
Voilà!
Ce qui devait être un punition pour avoir été trop curieux fut un véritable bonheur!
Avec le temps, je pense que père Jean n'a jamais vraiment cru qu'il me punissait!
...
J'aime ce côté "l'épée" et la plume qui semble-t-il est plus forte!
Heureusement que je connais la région comme mes pieds (ben oui, vous ne connaissez pas mieux vos pieds que vos poches?.. Moi j'ai pas de poches!) et que ... les chevaux n'aiment pas la forêt! Surtout celle-là!
Je vous avais dit que j'étais curieux? Oui?...
Grâce au parchemin j'ai découvert que mon moine, paix à son âme, était un exorciste! C'est fou non?
En plus il était en mission.
Laquelle?
Je n'en sais rien: je ne sais pas lire pas les runes!
Le givre recouvre encore les épineux rachitiques des fossés.
La route de Vannes à Ploërmel, d'habitude si fréquentée en cette saison, est désespérément vide.
Ce n'est pas aujourd'hui que je vais manger à ma faim.
Mais je manque à tous mes devoirs, Père Jean ne serait pas content: laisser-moi me présenter, je suis Louis.
Oui, juste Louis!
Ma mère est morte en couche sans pouvoir me donner de prénom et sans qu'on ne connaisse le sien! Alors, on m'a appelé comme le Saint du coin!
Il paraît que c'était en l'an 984! Ca me ferait donc 14 ans! Un vieillard, déjà...
Je suis donc Louis et je n'ai pas de métier. Du moins, si! Je suis larron. Attention pas voleur, père Jean m'a trop bien élevé pour ça! Non larron, c'est à dire que je vole pour me nourrir pas pour m'enrichir! Je ne sais pas vraiment si c'est différent mais je préfère le mot larron. Il ressemble à luron! Et un luron c'est plutôt gentil... enfin je crois!
Hein? Quoi?
Ah oui: pourquoi un garçon de mon âge et de ma condition sait lire et écrire? Parce que je suis curieux!
Je vous raconterai cette histoire mais là il faut que je vous laisse je crois qu'un bon gros moine approche.
Pardonnez-moi Seigneur! Excuse moi père Jean mais il faut bien que je mange!
...
Les graphismes sont vraiment magnifiques et le héros si charismatique que je me suis permis de le prendre en "avatar" pour Louis!
Je suis un conteur.
J'espère vous enchanter.
Je suis un baladin.
J'espère vous amuser.
Je suis un scribe.
J'espère être écrivain.
Je suis faillible et perfectible.
Je suis un être humain...
Tout simplement.
Un être humain avec ses multiples facettes.
Avec ses joies, ses peines, ses doutes et ses rêves.
Je ne suis ni Charles, ni Louis.
Ni l'épée, ni la plume.
Et pourtant tellement des deux...
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Un seul mot, une seule phrase, une idée pouvant changer la face du Monde, ceux que vous me proposerez dans vos commentaires seront intégrés dans mes articles et pourquoi pas, changeront l'histoire...
Alors n'hésitez pas!
Nous construirons la vie des deux héros ensemble.