Alexandra me souffle d'être prudent. Je suis armé (c'est fou ce qu'on trouve dans les rues de la capitale quand on cherche bien!) d'un vieux manurhin. L'ancienne arme des flics. Un comble.
Le cerbère de service fait celui qui me connaît.
Morrigan se marre.
Alexandra me demande de ne pas y aller.
Je l'aime.
L'intérieur est un mélange de "la famille Adams" et "d'entretien avec un vampire". Bonjour l'angoisse!
Je me repère au seul mobilier immuable de ce genre d'endroit: le bar.
"Un whisky!"
J'enquille mon verre.
"Un autre! Vous avez des cigarettes?"
"Marlboro ou Camel?"
"Marlboro!"
"La blonde là elle est libre?"
"Morrigan! Hey Morrigan! Ce type veut te payer un verre!"
16 octobre 2008 - juste à côté du trou du cul du monde.
Pardon de revenir là dessus!
Vous me connaissez je ne suis pas du genre à me plaindre mais...
Quand la poisse vous colle... Une véritable sangsue.
L'arbre, vous savez celui sous lequel je m'étais abrité!Oui celui là même avec le cureton pipelette au sommet...
Et bien dans la nuit il a pris la foudre!
Je vous jure. La foudre.
Calciné sur place qu'il était.
Moi ça m'a réveillé et l'autre, l'oiseau de nuit, ça lui a coupé le sifflet.
J'ai ri mais ri...
Elle: "Ce n'est pas l'heure de te reposer!"
Moi: "Merde! C'est encore pas aujourd'hui qu'elle vient alors?"
Elle: "Quoi la vie?"
Moi: "Non, la mort!"
Je deviens spirituel avec le temps. Morrigan n'apprécie pas.
Il faudra que je remette ça une prochaine fois. Juste pour le plaisir de lui déplaire à cette garce.
Là, en fait, elle n'a pas aimé, mais alors pas aimé, du tout!
Elle: "Je te propose de devenir la lame lumineuse! L'être que nous attendons tous. Je te propose le rêve alors que tu n'as que ta vie de lopette insignifiante. Et toi tu te fous de moi?... Soit, qu'il en soit ainsi..."
Moi: "Amen!" Celle-ci tombe à plat puisqu'elle n'écoute plus. Quand je vous le disais qu'elle était furax!
Elle: "Viviane. Reine des reines. Dompteuse de vie et de mort. Je t'offre celui que tu attendais. Le remplaçant. Fais-moi confiance il vaut l'autre! Il devait être la lame lumineuse, il sera ton prisonnier!"
Qu'est-ce qu'elle baragouine cette... (non je ne vais pas la faire celle là!)... putain.
De là d'où je suis, j'ai l'impression d'être au bout d'une pique qu'on enfonce bien profondément dans une fosse à purin.
J'étais misérable.
Je suis pire. Je suis un morceau de viande tout juste bon à être avalé.
Un nouvel éclair me surprend (et oui car il ne pleut plus...).
Je me souviens du jour où ma mère m'a ejecté, de force, de ma bulle confortable, sécuritaire et voluptueuse pour me jeter, sans transition ni ménagement, dans cet univers froid, inconnu et dangereux!
Comment peut-on penser que notre naissance est le plus beau jour de notre vie?
Bien-sûr que non!
Le plus beau c'est sans nul doute, le jour de notre baptême!
Nous renaissons en tant que créatures de Dieu! Tu parles. Moi, je suis né sans rien demandé et je ne suis pas re-né!
Alors?
Alors rien. Ca veut juste dire que ton plus beau jour arrive mon gars!
Peut-être aujourd'hui! Et alors, pourquoi pas?
J'ai déjà le saint chrême et l'eau bénite.
Bon d'accord c'est de la pommade pour les démangeaisons, et encore volée à un clochard qui s'était un peu trop éloigné de son sac poubelle, et de la pluie mais alors là en quantité énorme, de quoi être oint des pieds à la tête. C'est bien simple, il pleut sans discontinuer depuis deux jours! Qu'on ne me parle plus du soleil de la Bretagne! Jamais.
Dire qu'à une époque, avec Alexandra, on voulait s'y installer, en Bretagne. Encore une idée saugrenue.
A croire que j'en ai des tonnes en réserve des comme ça: tenez c'est comme celle de vouloir être journaliste!
Requins, piranhas, tigres et hyènes, je ne savais pas que pour y survivre il fallait être zoologue ou zoophile si, en plus, on désire y réussir!
Des tonnes je vous dis...
Tenez une dernière pour la route: je viens de trouver un arbre pour me reposer un peu, au sec, enfin le moins humide possible. Et bien, je vous le donne en mille... Au sommet, se trouve une chouette bavarde. Toute une nuit de messes basses vont me permettre de bien me reposer, c'est sûr!
Quoi? Ca ne vous suffit pas?
Et bien écoutez donc celle-ci:
pourquoi diantre, ai-je conservé cette putain de statuette dans ma poche? Juste pour que cette salope de Morrigan me harcèle?
Cette gonzesse, c'est à croire qu'elle n'a personne d'autres sous la main à emmerder. Je dois être sa prime au mérite, son "travailler plus pour gagner plus!" rien qu'à elle. Je suis sa solution au pouvoir d'achat. Je ne vois pas d'autres possibilités. En tout cas elle ne me lache plus. Jour et nuit.
Qu'est-ce que vous en penser de celle-ci?
Pas mal non?
Elle: "Patience. Elle arrive!"
Moi: "La mort?"
Elle: "Non la vie imbécile!"
Car en plus je suis un idiot! Il ne manquait plus que ça. ...
Non, c'est leur manquer de respect car les vrais le sont par conviction et par amour de la Terre.
Moi je le fais pour manger.
C'est dingue ce que les gens gâchent.
Ca non plus je ne pensais pas le dire de mon vivant (oui car à ma mort j'aimerais bien que mon épitaphe sois : "Quel beau gâchis!"). Il n'y a pas si longtemps j'en faisais partie de ces types qui jettent un pack de yahourt parce que la date de péremption est dépassée d'un jour.
Société de consommation quand tu nous tiens!
"C'est la lutte finale!... Banques pourries! Banques pourries!..."
Pourquoi ces slogans me reviennent-ils en tête subitement?
J'ai dû péter un cable...
Et bien je vais vous dire une chose, les produits laitiers, même périmés depuis plus d'un mois, c'est bon.
En tout cas, meilleur que les racines je peux vous le dire.
Oui, oui, je vous entends me sussurer à l'oreille: "Ouais mon gars mais tu va mourir de maladie: c'est pas très sain les poubelles!"
Laissez moi vous répondre: ne faut-il pas mourir de quelque chose?
En ce qui me concerne le plus tôt sera le mieux! Ce n'est pas un voeu car je sais que je ne serai pas exaucé.
Non, c'est une prière!
Décidément le type que je recherche, là-haut, est aux abonnés absents!
Entre chaque spasme, je tente de retrouver mes esprits en laissant divaguer mes pensées.
Ce matin, le soleil doit briller dehors!
Je m'émeus devant la volte de la saleté dansant dans la lumière transparaissante des rideaux.
De la pousssière et de l'air. Ballet fantômatique. Vertigineux.
Ca me fait penser, preuve que mon cerveau fonctionne toujours, que nous ne sommes qu'un peu de poussière et de l'eau.
Il y a finalement peu de différence entre un spectre et un homme.
De l'eau. De l'air. De la poussière...
Ne manque plus que le feu.
Celui qui dévore mes entrailles.
Ces maux de ventre m'assaillent sans relâche.
La douleur m'oblige à fermer les yeux.
Elle est de retour. Elle est là devant moi. Son visage déchiré par les rides. La bouche béante et hurlante. Les cheveux hirsutes de la guerrière folle. Les loques qu'elle porte lui donnent la silhouette décharnée d'un cadavre pourrisant.
Morrigan.
"Enfin, tu est venu, Charles!"
Je rouvre les yeux.
Ce n'est que l'ombre de Merlin, ce coquin de rat qui avait disparu, qui s'étire sur le mur.
Il paraît qu'un clair de lune sur une pièce d'eau amène à la contemplation. Faux!
Ca attire juste le frais de la nuit et l'humidité de l'étang.
Déjà que j'ai pas grand chose sur moi!
"Mon Dieu. depuis que je crois en toi, je ne t'ai rien demandé... Ah si: mourir mais ça ne compte pas j'étais désespéré!... Alors fais un effort, pour une de tes brebis égarées. Un signe!"
Rien.
Le village n'est pas loin. J'apercois les premières habitations.
Je marche.
Non, en fait je me traîne encore quelques mètres.
Ca y est, une lumière.
Elle s'approche. Des phares.
La civilisation.
Encore un effort.
Non, je devine un clignotant. Le cauchemar continue: ils vont tourner!
Je dois hurler.
"Au sec....!"
La dernière chose que je vois est une pancarte: Paimpont.
Paimpont, joli petit village aux portes de la forêt... Rien à changer, ce sont toujours des détails à la con qui me reviennent dans ces moments-là!
"Allez, toi là-haut! Sois cool! Un beau geste..."
"Pin-Pon! Pin-Pon!"
Des pompelards!
Grâce au ciel, ils reviennent d'un horrible incendie qui a fait plusieurs victimes... Le malheur des uns!
Voilà une heure que je subis les cahots de la route dans le coffre d'une voiture. On dit que lorsque qu'on a les yeux bandés, les mains et les pieds liés, les sens disponibles sont exacerbés!
C'est vrai.
Je peux vous dire par exemple que la voiture doit être une grosse cylindrée et certainement pas un diesel!
C'est dingue comme la mémoire est sélective: je suis incapable de vous dire depuis combien de temps j'ai été kydnappé, ni combien de fois le véhicule a stoppé, tourné, accéléré... mais je suis intarissable sur le bruit du moteur!
Lorsqu'il s'arrête, je venais de me faire le pari qu'il s'agissait du dernier modèle d'une célèbre marque allemande.
J'ai une dernière pensée pour les pauvres flics qui me protégeaient.
L'argent de mes taxes ne feront plus que payer les études de leurs gamins et la pension de leur veuve!
Puis le coffre s'est ouvert.
On m'a saisi sans ménagement.
Et jeté encore plus brusquement dans un endroit qui pue l'urine, l'humidité et le moisi...
Non, non. Je parle de la vraie guigne, celle qui vous laisse un goût de chiasse dans la bouche, une odeur de gerbe dans le nez et une cacophonie immonde dans les oreilles.
C'est la théorie du grain de sable!
La petite broutille qui vous décale l'ensemble de votre destin.
Le mien était tracé!
Maintenant j'ai du piqué celui d'un autre. Et son étoile à lui, est éteinte depuis un bon moment.
C'est moi qui vous le dis!
Enfin, le bon côté du truc, c'est que j'ai dû faire un heureux!
J'ai jamais été philanthrope!
Pour ce que ça rapporte!
D'abord mon accréditation qui est suspendue jusqu'à nouvel ordre. Un coup de mes charmants futurs beaux-parents!
C'est juste histoire de me dire qu'ils peuvent me pourrir la vie alors il faut que je me magne de retrouver leur fille.
Ensuite, Morrigan. Elle ne donnera plus de plaisir à personne!
Son assassin, lui, en a pris vous pouvez me croire... Du moins c'est ce que disent les journaux!
Enfin, comme si ça ne suffisait pas ma bagnole qui flambe dans le parking souterrain.
Criminel qu'ils ont dit les pompelards!
Avec un cadavre à l'intérieur.
Le mien!
Ca, c'est ce que disent les flics! Histoire de noyer le poisson.
Noyer, pour un incendie... Un comble!!!
Protection des témoins!
Témoin de quoi?
Ca aussi mes amis de la police aimeraient bien le savoir.
Tout ça pour ce putain de vieux parchemin en runes...
J'attends avec impatience le jour de la prochaine conférence de presse. Avec l'accession de la France à la présidence tournante de l'Europe, elle ne devrait pas tarder.
La patience n'est pas ma première vertu.
La bonne nouvelle: les parents d'Alex m'ont envoyé l'argent en liquide dans la boîte postale ouverte pour l'occasion.
15.000 euros.
C'est pas si impressionnant que ça! Je m'habituerais à avoir une telle somme sur moi en définitive!
Comme beaucoup d'entre nous (sauf peut-être une amie corse!) j'apprécierais d'être riche!
Oui, définitivement, je décrète que le meilleur métier du monde est millionnaire!
Voilà mon but ultime: me marier avec Alex et devenir milliardaire!
Alex?
Je l'entend me dire:
"Et les enfants, chéri? Tu oublies les enfants dans nos projets!"
La mauvaise nouvelle c'est qu'il était accompagné d'un petit mot sec mais explicite:
"Charles faites-en bon usage. Quoi que vous en fassiez nous sommes sûrs que c'est pour le bien d'Alex. Vous nous rembourserez à sa libération!"
J'ai eu tort de les prendre pour des naïfs.
J'ai la somme. C'est tout ce qui compte.
Dès ce soir je vais voir Morrigan.
Elle a des tas de choses à me révéler j'en suis persuadé.
Sa compagnie est agréable, ce qui ne gâte rien...
Son lit?
Il vaut certainement celui de cet hôtel!
Du moins je l'espère car il va me coûter 10.000 euros! ...
"Ne me déçois pas mon gars! J'ai horreur de ça. Eu égard à tes problèmes actuels, je t'ai dégoté une place à la prochaine conférence de presse de l'Elysée. Tâche de me faire un papier aux petits oignons... Kapish!"
"Merci, boss! Je ne vous décevrais pas, promis!"
Je partais en courant avec mon accréditation pour l'Elysée quand il me rapelle:
"Au fait, c'est la dernière fois que je te sers de secrétaire. Le courrier personnel ne doit pa sarriver au journal. Vu!"
Il me tend un "chronopost" moyen modèle dont le destinataire ne fait aucun doute: Stonenhenge Corporation... Autant dire: mon Cercle vicelard qui m'envoie sa façon de penser après le gigantesque lapin que je leur ai posé.
Le problème avec les lapins c'est qu'ils ne vous créent pas d'ennuis que si vous êtes pensionnaire de la forêt des rêves bleus et qu'il s'appelle Coco, sinon... Ce ne sont que des emmerdes en perspective!
Un de plus ou un de moins me direz-vous!
Où est la différence?
Une telle surprise se doit d'être ouverte dans l'intimité!
Je quitte donc le boss avec un "Merci chef! A plus!" un peu cavalier je vous l'accorde...
Lui, le fan du cinéma des années 50, visserait un vieux feutre sur son crâne, saisirait sa cigarette entre le pouce et l'index, prendrait une lampée de whisky et, avec un accent exagérément américain, dirait: "Alors pépée, que dirais-tu de dire ce que tu sais à Lemmy Caution, ton agent fédéral préféré?"
Ensuite, à l'image d'un Eddie Constantine au faît de sa gloire, il écraserait sa clope de la pointe de la chaussure avant de disparaître en sifflotant un air de mambo.
Seulement, moi, je me débats avec la réalité. Beaucoup plus glauque.
"Qui t'a payé?"
"Un type!"
"Quel genre de type?"
"Le genre qui ne sait rien mais qui obéit fidèlement!"
"Un porte flingue quoi!"
"Oui. On peut dire ça... Ou un proxo des bas quartiers!"
"Il était accompagné?"
"Qu'est-ce que j'en sais?"
"Arrête, tu veux! Ne me dis pas que dans ton taf, on est pas curieuse! ... Etait-il accompagné?"
"Je ne sais pas. Pas loin, il y avait une grosse berline noire qui attendait. Et... avec le taf que je fais, comme tu dis, j'ai aussi appris à ne jamais m'approcher des grosses bagnoles aux vitres fumées!"
"Oui mais t'as vu la plaque!"
"C'est vrai."
"Donne."
"OK. C'est 10.000!"
"10.000 euros? Tu me prends pour un mac ou quoi?"
"Ecoute, mon grand! Primo, c'est pas moi qui suis venue te chercher. Secondo, l'info vaut bien ça, tu peux me croire! Tertio, 10.000 euros, c'est environ la somme qu'il me faut pour m'acheter une nouvelle virginité. Tu piges?"
Mon cerveau se demandait comment trouver une somme pareille. Seul!
Le reste de mon corps, lui, vibrait au rythme des respirations langoureuses de sa poitrine. Opulence de l'âme.
Alors que je suivais Morrigan dans l'escalier, ce qui ne manquait pas de perspective, je repensais à ce cher Professeur Jacques.
"Papa" Jacques.
"Pour obtenir de l'info, pas la peine de se prostituer, ni de fouiller les poubelles. Non, les jeunes, pour être un bon journaliste il faut penser à mettre son masque et à danser le menuet!"
A l'époque, nous étions jeunes, naïfs et un peu cons: nous le prenions pour un vieux sénile un peu timbré!
On était complètement à côté de la plaque.
En fait, il nous avait tout dit: le journalisme n'avait plus de secret pour nous! Il s'est bien gardé de nous le dire.
Pour ma part, ça m'aurait fait gagner quatre ans d'études!
Le vieux radoteur!
Aujourd'hui, alors que le parfum de ma compagne m'ennivre, pendant qu'elle s'escrime à trouver ses clefs d'appart, je sais que sa phrase recellait plus de sens qu'on ne croyait de prime abord.
Il voulait simplement nous faire comprendre qu'il nous suffisait de cacher notre personnalité derrière un masque afin de camoufler le plus possible nos véritables intentions à notre interlocuteur.
Ensuite on se laisse guider, faisant croire à l'autre qu'il mène la danse.
Si vous réussissez ce tour de force,et que vous n'êtes pas trop épuisé, il (ou elle en l'occurrence!) vous mangera dans la main après.
Voilà pourquoi notre dialogue, à moi et à Morrigan, a été des plus crus.
C'était le seul moyen d'apaiser ses craintes, de dompter sa réticence.
D'une carne rétive, elle sera désormais, je vous en fais le pari, une jument de pure race prête à galoper si je la mène bien!
J'ai mis mon masque de salaud et nous allons danser toute la nuit.
Voici une "jacquerie" digne de mon bon professeur.
Maintenant que je connais mieux les habitudes de Morrigan, je vais pouvoir essayer de la rencontrer.
Après un saut au journal, je retourne dans mon cybercafé préféré afin d'y relever mes messages éventuels.
Je vais devenir un vrai spécialiste de la culture celte et de tout ce qui tourne autour.
C'est un milieu étrange où se cotoient toutes sortes de gens qui vont des illuminés aux enseignants-chercheurs en passant par beaucoup de fondus du ciboulot!
Je savais que de mettre une annonce pour la vente du collier finirait par payer.
Parmi la dizaine de messages et newsletters que j'ai reçu, un m'est envoyé par LeC@LeC.com.
"Sommes intéressés pour achat collier. Prix raisonnable. RDV au Domaine de Ploucland à Ploucland semaine prochaine 15h00."
Ils sont gonflés tout de même. Ils m'invitent pour soit disant me racheter un collier qu'ils m'ont eux-mêmes envoyé! Certes, dans mon annonce, je ne précisais pas qui j'étais mais je ne les crois pas assez bêtes pour tomber dans le panneau!
Alors pourquoi ce message?
Sans doute préfèrent-ils ne pas prendre de risque!
Si je dis la vérité, ils récupéreront leur bien à moindre frais... et me tueront après. Si j'ai menti et que je ne me rends pas au rendez-vous, ils sauront que c'est moi et ils me tueront! Dans tous les cas je meurs et Alexandra aussi.
Non!
J'ai oublié un paramètre: s'ils m'ont gardé en vie jusque là c'est qu'ils ont besoin de moi!
Pourquoi?
S'ils avaient voulu me piquer leur papelard, je pense qu'ils le pouvaient aisément.
Surtout dans ce que mes confrères nomment les "quartiers chics de la capitale"!
C'est là que m'a promené ma promeneuse!
C'est la que la belle prend un vrai repos après avoir exercé ses talents péripatétiques et transformistes.
Comment je le sais?
Je l'ai suivie.
C'est tout simple mais il fallait y penser et quand il s'agit de réfléchir, je suis parmi les meilleurs! Tout le monde le dit: ma mère, Alexandra... Tout le monde.
Mon monde.
Pour "Le Monde" je suis plus dubitatif car je ne pense pas que les gars du journal me prennent vraiment au sérieux quand je leur dit que je suis un "pigiste d'investigation"!
Plutôt piteux pour une déesse de la mort, vous ne trouvez pas?
Elle a même une spécialité, si j'en crois ses consoeurs bitumeuses : les frappadingues qu'elle fait douiller à prix d'or la réalisation de leurs fantasmes les plus fous!
Elle a donc certainement été payée pour me faire sa petite comédie du pont des arts (qui porte décidément bien son nom!).
Elle s'est acquittée de sa tâche avec un certain talent et ... un goût prononcé pour la mise en scène et le costume.
Une fois de plus mes recherches sur le net se sont révélées instructives mais infructueuses.
Le Cercle?
Qu'est-ce que cela peut être?
Stonehenge?
Bien sûr.
N'importe qui penserait au cercle de pierres sacrées dont la légende dit qu'il aurait pu être créé par Merlin HIMSELF!
Tant qu'on y est, pourquoi ne pas croire aux feux follets, à Cùchulain et consor!
Autant dire: sombrer dans des débilos-croyances à cinquante centimes...
Très peu pour moi!
Non!
Moi je suis cartésien.
Pour moi, un plus un est égal à deux!
Pour moi, le Cercle ne peut être qu'un truc du genre club-select où pour entrer il "faut montrer patte blanche, gros portefeuille et smoking à 1000 euros."
Ca ne peut-être autrement.
Je me refuse à penser à autre chose!
Je suis journaliste. Débutant certes mais journaliste quand même! Alors ce que je cherche ce sont des faits pas des mythes pour gamins attardés!
En parlant de gamin, qu'est-ce qu'elle fait habillée comme ça, cette gonzesse?
Hey! Mais on dirait bien que c'est après moi qu'elle en a!
"Vous désirez quelque chose, belle valkyrie?"
Pourquoi est-ce que je pense toujours que mon charme naturel va opérer?
Et le flics qui ne sont jamais là quand on a besoin d'eux!...
Je ne savais pas que les "celteries" avaient autant d'adeptes!
Devant l'afflux de site en tous genres sur le sujet, je me suis créé une boîte mel dédiée à toute mes inscriptions diverses et variées de la toile! Jamais je n'ai reçu autant de "newsletter" de ma chienne de vie!
Je dois me fourvoyer!
Je poursuis mes pérégrinations, malgré le mal de tête et la fatigue. Malgré tout!
De toute façon taper m'occupe!
C'est curieusement de ma messagerie perso que provient le "You've got a mail" craint.
"Dernier avertissement! Cesse tes recherches ou elle meurt! Signé: Le CERCLE!"
Comme si le clavier me brûlait je lève les mains!
Réflexe débile!
Je sais très bien qu'ils la tueront de toute façon.
Je continue.
Comment faire pour savoir d'où a été émis le message?
De quel cercle parle-t-on? ...
Quelle signature originale: le CERCLE! Pourquoi pas, le Groupe ou l'Association?
Tiens! Le plus marrant aurait été : "Signés: ILS"!
Comment puis-je encore plaisanter?
Parfois je me dégoûte!
Ai-je le coeur aussi froid que le pendentif que je tripote dans ma poche?...
Ca fait tard, surtout pour ma pauvre Alexandra, mais je ne peux pas faire autrement.
En attendant je vais essayer d'avoir des infos sur mon "ennemi"!
Commençons par le plus facile: le pendentif!
Il me suffit de "googleliser" quelques minutes pour être sur la piste "celte". Si j'en crois le monde de la toile, il s'agit d'une représentation symbolique d'une croix celtique.
Quid?
La journée va être longue et fatigante pour les yeux.
C'est fou le nombre de pages qui traitent du sujet: symbolisme, druidisme, religion, géographie, histoire et légendes... Tout y passe!
Au moment où le cybercafé ferme, je n'ai exploré qu'une infime partie du domaine et dépensé plusieurs dizaines d'euros. "Mon vieux tu bouffes l'héritage de tes enfants!" Voilà ce qui m'est venu à l'esprit à ce moment-là!
T'as pas d'enfants, grosse tâche!
Ce que tu peux être débile parfois, mon pauvre Charles!
"Vous faites des cartes d'abonnement?"
"A demain, merci!"
"Au fait vous ouvrez à quelle heure?"
"Merci, à demain matin alors!"
C'est la première fois que je marche dans une rue et que je regarde les gens! Non, non! Je ne vous parle pas de lever les yeux sur une charmante jeune fille qui ondule du croupion. Non, je vous parle "d'observer" ceux qui vous croisent, qui vous doublent, qui vous bousculent... Essayez un jour et vous constaterez à quel point toutes ces personnes sont... suspectes!
"Qu'est-ce que vous avez à me regarder comme ça vous?"
"Hein?"
"Excusez-moi, Monsieur, je vous ai pris pour quelqu'un d'autre!"
J'ai juste un peu peur que ce soit un "morceau" de Alexandra! Vous savez, genre: "Si tu ne fais pas ce qu'on te dit on lui coupe le reste!".
Un pendentif.
A moins qu'elle ne me l'ait jamais montré ce n'est pas un des siens.
C'est donc l'indice censé me mettre sur la piste des kidnappeurs!
C'est à ce moment-là que je dis: "Putain! C'est eux! Les salauds, je vais les buter."
Ouais! Ben pas là, non!
C'est plutôt: "Mais qui sait bordel?"
Le mot chifonné au fond de la boîte ne m'en apprend pas plus: il réitère l'avertissement trouvé chez elle sauf qu'il est dactylographié sur du papier de meilleur qualité.
Il est déchiré d'un côté, comme si, pris par l'urgence, on avait ôté un en-tête compromettant.
Il s'agit donc d'une feuille provenant d'une ramette d'une société ou du moins d'un établissement ayant pignon sur rue.
Wouaouh! Je progresse...
C'est désespérant!
Je vais reprendre depuis le début.
Le palais présidentiel. Il me faut y entrer.
Cette fois je vais prendre la voie officielle: je dois obtenir mon accréditation pour la prochaine conférence de presse. Ca sera un début!
En exhibant le bijou, je vais bien voir si je provoque une réaction.
De toute façon, ça urge et je n'ai rien d'autres à me mettre sous la dent (de requin)!
Je sais pourquoi le rédac'chef dit de moi que je suis vert...
Loin de moi de penser avoir autant de talent mais "il n'est de bons titres qui ne se copient" disait un de mes profs qui ne m'a pas laissé d'autre souvenir que cette phrase. Absurde.
Alexandra a été enlevée!
Mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour (décidément je fais dans la copie aujourd'hui!) est entre des mains mal intentionnées!
Par ma faute.
Enfin c'est ce que dit le message griffonné que la Police a trouvé chez elle!
"Si tu veux la revoir vivante, arrête tes conneries et rends nous "le Pacte"!"
Qu'est-ce que c'est que ce pacte?
C'est la question que tout le monde se pose: les flics, moi, vous... Tout le monde!
"J'en sais rien!" ai-je répondu poliment (vous avez remarqué qu'on est toujours plus aimable avec les condés lorsqu'on a besoin d'eux?).
"Comment savez-vous que c'est à moi que ça s'adresse d'abord?"
"J'en sait rien (lui aussi fait dans la répétition!) mais vous apparaissez en bonne place dans ses agendas, votre photo est partout chez elle. Il est donc logique que je pense à vous non?"
Implacable.
"J'avoue ne rien comprendre!"
"Vous n'êtes pas journaliste?"
"Si mais quel rapport?"
"Vous travaillez sur quoi en ce moment?"
Devant la pertinence des déductions de ce poulet, je me jure de ne plus jamais vouloir les chambrer... qu'en cas d'absolue nécessité!
"Sur rien de sensible!"
"Vous ne voyez vraiment pas pourquoi on aurait fait ça?"
"Non."
Mentir avec aplomb est une des premières choses que j'ai appris dans ma vie: pour draguer, pour se faire pardonner, pour faire plaisir... Cherchez bien et vous verrez que nous passons notre temps à mentir, à faire des promesses que nous ne tenons pas!
Cette fois-là, j'ai menti une grande partie de la nuit!
Il était coriace le loustic!
Alexandra, c'est sûr, si on te retrouve vivante je promets de t'épouser et de te faire autant de gamins que tu le souhaites!
"Parole, parole, parole..." me dirait-elle si elle était là!...
Voilà ce que je me suis vu rétorquer lorsque je me suis présenté à l'entrée du palais présidentiel!
"Je souhaite rendre un objet de grande valeur qui appartient au Président! Je suis un de ses amis!"
C'était crédible comme approche non?
J'avoue que c'était juste pour tenter le coup! C'est mon côté "J'me la pète!". Ben quoi? Dites tout de suite que je n'ai pas la tronche d'un ami du Président!
Ca m'a permis aussi de chambrer les hommes en bleu qui nous font assez chier le reste du temps.
Je leur ai répondu: "Votre majesté, je ne sais pas si c'est le whisky qui vous conserve mais vous ne faites pas votre âge!"
Je n'ai pas attendu leur réaction! Leurs yeux exorbités et leur trogne rougie ont suffi à mon bonheur!
Je me demande encore s'ils étaient rouges de colère ou simplement parce qu'ils se concentraient pour comprendre s'il s'agissait d'une insulte!
Les pauvres!
Mais c'est tellement tentant et tellement facile de se moquer d'eux!
Et dire que ce sont les mêmes qui "gardent la paix!"
"Dormez en paix braves gens, la police veille!"
Trève de plaisanterie.
Je suis inquiet. Alexandra ne répond toujours pas!
"C'est encore moi! T'as perdu ton portable ou quoi! Rappelle!"
C'est décidé: si elle m'appelle dans la journée, je l'épouse!...
Qu'est-ce que je lui ai apporté comme écho depuis le début de mon stage: un vieux bout de papelard jauni et incompréhensible!
"Tu m'avais promis des infos de première bourre sur l'Elysée! Tu m'avais dit que tu y avais un indic de première catégorie! ... Foutaise! ... J'avais raison tu es vert mon grand! Vraiment très vert!"
Il m'énerve avec son "Tu es vert". Qu'est-ce qu'il veut dire à la fin?
Et Alexandra qui ne répond pas!
"Ouais, c'est moi! Rappelle! Bisou!"
Il veut des infos sur l'Elysée... Il va en avoir: je les inventerais s'il le faut!
Au fait! Mais oui bien sûr! Je suis con... Je sais comment avoir mes entrées au Palais présidentiel et en première classe encore!
Le petit tour chez Jean-Philippe n'a pas duré bien longtemps mais n'est-ce pas parce que je suis un esprit supérieur?
Sans doute.
"Un secret frappant, surtout pour un flic!" Ca ne vous rappelle rien? Mais si, réfléchissez un peu!
Vous avez pris le volant après une soirée entre collègues bien arrosée... Vous grillez un feu rue de Rivoli et là... la tuile: coup de sifflet, gilet fluo! Pris par la patrouille de Police...
Oui je sais, vous râlez; vous leur dites qu'ils feraient mieux de pouchassez les voleurs; vous tentez de négocier! Rien à faire... Mais ce n'est pas à ça que je voulais en venir. Non!
Fouillez dans vos souvenirs. Vous visualisez le bonhomme?
Bon!
Sa ceinture vous la remetez? Très bien.
Qu'est-ce que vous y voyez? Le flingue? Ok! Mais encore? Oui c'est ça de l'autre côté: le truc noir et dur dont savent si bien se servir les CRS... Le bâton de défense (qui ne porte pas si bien que ça son nom!), le tonfa dans leur jargon si particulier!
Quel rapport me direz-vous?
Et bien, Jean-Philippe possédait un tonfa creu! Incroyable non?
Si j'en juge par sa fin tragique, le vieux papelard que je tiens dans mes pognes est d'une importance capitale pour quelqu'un!
Seulement, j'ai beau le tourner dans tous les sens, depuis que je l'ai "emprunté" chez lui, je ne comprends pas un traitre mot de ce machin.
Devant l'entêtement des forces de l'ordre, je suis rentré chez moi, j'ai appelé Alexandra et j'ai avalé deux Doliprane.
Quel est donc ce scoop que voulait me révéler mon défunt flic!
J'avoue avoir douté, au début, mais un idiot paraît toujours plus crédible quand il est mort!
Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs mais lorsqu'un abruti insignifiant meurt de façon suspecte, on se dit toujours: "Tiens il n'était peut-être pas si con, cet abruti!"
Enfin moi c'est ce que je me suis dit alors qu'Alexandra insistait pour que je l'amène au resto: "Finalement il avait peut-être vraiment un scoop à me donner. On l'a tué pour ça!"
Ca y est, le moment est venu pour "on" de rentrer en scène!
Et à moi de m'éclipser avant qu'elle ne réserve une table dans un des resto les plus chers du quartier!
On l'a tué.
Pour moi c'est une évidence.
Pour les flics non. C'est un suicide.
Mon esprit contestataire gauchissant et anti-flic me souffle qu'ils ont tort. J'ai tendance à me croire! Pas vous?
Si!
Je suis sûr que vous aussi vous prenez un certain pied à vous dire que les enquêteurs sont des burnes et que vous allez résoudre l'enquête avant eux! Et sans forcer encore
C'est d'autant plus facile qu'ici, il n'y a pas d'enquête!
Donc, pour résoudre ce mystère, j'ai plusieurs avantages sur la police.
D'abord je sais que Jean-Philippe avait rendez-vous avec quelqu'un le soir où il a calanché!
Je dirais même qu'il n'attendra plus jamais personne.
Ce qui frappe chez un pendu, c'est son tein ôlivatre et bouffi.
Le moins que l'on puisse dire c'est que le lustre du salon est bien accroché pour supporter ce grand gaillard de Jean-Philippe.
Surtout qu'un cadavre pèse une tonne. Alors le sien!
Le reste de l'appartement est tel quel. Rien n'a bougé! Comment je le sais? Simplement car si j'étais flic et si j'avais la vie de mon "ami", tout serait ainsi: impersonnel, nickel crôme mais sordide!
Sur la table du salon, une lettre manuscrite est bien en évidence.
"J"en ai marre de cette vie de chien... et patati.." . Elle est remplie des banalités habituelles qu'un homme au bout du rouleau écrit!
Détail amusant (je m'en veux un peu de sourire en ce moment critique mais en fait, je ne le connaissais pas tant que ça!) : je me suis fait la remarque qu'il avait une sacrée belle écriture pour un simple "Pinot" sur le point de se suicider.
Comme quoi, il ne faut jamais se fier aux "a priori"!
Mon esprit investigateur a ses limites. Aussi, après un coup d'oeil rapide sur le reste de l'appart', je fais ce que tout bon citoyen découvrant un mort fait: je me barre!
Bien entendu, le journaliste que je suis flaire l'histoire intéressante car trop de choses clochent dans ce suicide.
Mais pour faire du bon travail journalistique, il ne faut pas avoir à faire avec les collègues souvent trop curieux du défunt.
Je m'éclipse donc mais pas trop loin afin de ne pas "rater" mon entrée prochaine!...
Il ne m'aura pas fallu longtemps pour sympathiser: une rencontre "fortuite" à son bar favori, une demi-douzaine de bières et nous étions copain comme cochon.
Ce qu'il y a de fascinant chez les flics c'est leur capacité à vous raconter leur vie à peine vous les connaissez.
C'est sans doute leur psy qui leur conseille "d'évacuer" le stress de leur métier pénible.
Jean Philippe applique cette consigne à la lettre.
Je ne savais pas qu'on pouvait rater sa vie à ce point.
Il a eu de mauvais parents, de mauvais profs, de mauvais chefs et de mauvaises femmes.
Enfin c'est ce qu'il dit.
Ses parents l'ont mis dehors alors qu'il venait de rater son BAC pour la troisième fois. Parvenu à réussir miraculeusement le concours pour être Gardien de la Paix, preuve que parfois certains passent entre les mailles du filet comme on dit, il finit bon dernier de sa promo et se retrouve cantonné à des tâches ingrates, évitant par la même à de meilleurs que lui de les exécuter. Vous ajoutez à ça deux mariages, ratés, et deux divorces, ratés aussi, heureusement sans enfant, et vous avez le profil de mon "contact" à l'Elysée!
Pas brillant me direz-vous!
La suite vous donnera tort.
Enfin, tort c'est vite dit.
Disons que lui rendre visite dans son appartement de banlieue parisienne va être, pour moi, le début d'une grande expérience.
Le 12. Voilà j'y suis.
Il m'a dit qu'il créchait au 22ème étage. J'espère qu'il y a un ascenseur.
J'espère surtout que ce qu'il a à me dire vaut le trajet car j'ai horreur de ces trains de banlieue.
" Tu cherches un scoop Charly (j'ai aussi horreur qu'on m'appelle comme ça) je vais t'en donner moi tu vas voir. Viens chez moi le soir du 1er mai on fêtera ça ensemble et je te dirai un truc dont tu me diras des nouvelles!"
Qu'il est long cet ascenseur. Il n'en finit pas.
"Hey le flic! Je baise ta mère, je baise ta femme et toi... je te baise aussi" ce tag, certainement écrit par un de ses fans, prouve que même dans son immeuble sa vie est un cauchemar.
Dans quelle galère tu t'es fourré, mon pauvre Charles!
20H00. Une dernière mousse, un jambon-beurre et je me barre. Ce n'est pas aujourd'hui que j'aurais de l'info. Le rédac'chef va être furax!
Je m'en tape.
Tiens! Je vais appeler Alexandra, peut-être qu'elle ne bosse pas cette nuit. On va pouvoir passer la soirée ensemble. Il va falloir que je me décide à l'épouser celle-là! Pour m'avoir supporter depuis trois ans, c'est qu'elle est folle ou amoureuse...
Elle n'est pas folle!
... Tuuuuuuut.... Tuuuuuuuuut...
Tiens! Ce type à la tête du poulet qui va bosser! Je suis sûr que s'en est un!
Gagné!
Y'en a qu'on la gueule de l'emploi.
"Allo, chérie!... C'est moi! .... je te rappelle!"
Tut! Tut! Tut!
Il travaille à l'Elysée. Il connaît tous les plantons. C'est un habitué du "mi fa sol"...
Charles, mon gars, tu viens de te trouver un indic! Tu n'as plus qu'a utilisé ta tchatche et ton bagou! Too easy!
Le rédac' chef m'a dit: "Vas à la pêche aux nouvelles! On apprend plus vite sur le tas!"
MOUAIIIS!
Pas vraiment le choix, de toute façon!
Echotier.
Ca ne doit pas être compliqué de choper des infos. Suffit d'ouvrir les portugaises!
Et où est-ce que les gens parlent?...
Dans la rue? Trop difficile.
Dans les hôtels? Je vais me faire repérer.
Dans un café?... Ouais! Quoi de plus discret qu'un estaminet? BRAVO mon gars! Voilà une chouette idée.
Maintenant où?
Tout dépend ce que je veux avoir comme info...
Comme je ne veux pas faire ça toute ma vie, je dois commencer par un sujet porteur...
La politique, ça c'est porteur.
Je vais voir mon pote Aldo, le patron du "mi fa sol", faubourg saint honoré. Il est dans le quartier de l'élysée. Ca serait bien le diable si je n'y glane pas quelques nouvelles!
C'est un bon début pour apprendre la musique!...
Apprendre la musique c'est aussi ne pas suivre forcément la partition qu'on vous impose. Voici une intervention comme je les aime pleine de dérision et d'impertinence.
Ce rédac-chef m'emmerde! Pour qui se prend-il?... huuuum! Sans doute pour le rédac-chef!
Allez, Charles, calme-toi! Souffle un peu! Voilà c'est ça! Ca ne sert à rien de t'énerver, tu vaux mieux que lui et un jour tu lui prouveras. Ne t'abaisses pas à son niveau, tu ne sais pas assez bien nager! Surtout parmi les requins...
Et puis au moins tu échappes à la nécro... C'est déjà ça!
Echotier!
Te voilà échotier mais dans un des quotidiens les plus prestigieux de Paris: Le Monde!!! Tu imagines le nombre de personnes qui souhaiteraient être à ta place? Echotier au Monde...
Il faut que j'appelle Alexandra!
Et puis maman aussi! Elle qui flippe tellement de ne me voir rien faire dans la vie: "Charles, il faut que tu saches que ton père et moi seront toujours là pour toi!"... Tu parles! Jamais là aux moments importants: les premiers émois (et moi?), le premier rasage, la première cuite, la première fois (là non je pouvais me passer d'eux!)... Alors pour mon premier boulot, je vais te dire, ils ont intérêt à se sortir les doigts...
Tiens au fait! Pourquoi vert? Bleu j'aurais compris mais vert? Il faudra que je leur demande à l'occas' à la rédaction!...
La presse va mal. Pourquoi souhaiterait-on "contrôler" la presse? Non! Ne me dites pas que c'est pour ce que je crois?...
Je suis un conteur.
J'espère vous enchanter.
Je suis un baladin.
J'espère vous amuser.
Je suis un scribe.
J'espère être écrivain.
Je suis faillible et perfectible.
Je suis un être humain...
Tout simplement.
Un être humain avec ses multiples facettes.
Avec ses joies, ses peines, ses doutes et ses rêves.
Je ne suis ni Charles, ni Louis.
Ni l'épée, ni la plume.
Et pourtant tellement des deux...
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Un seul mot, une seule phrase, une idée pouvant changer la face du Monde, ceux que vous me proposerez dans vos commentaires seront intégrés dans mes articles et pourquoi pas, changeront l'histoire...
Alors n'hésitez pas!
Nous construirons la vie des deux héros ensemble.