15 juin 998 - Sant-Maloù.
Comme j'étais beau!
Lorsque le premier combat a eu lieu sur la plaine entourant les fortifications de Sant-Maloù, c'est comme si j'avais fait ça toute ma vie!
Jamais je ne me suis senti aussi bien.
Le vent qui cingle votre visage, alors que votre destrier galope vers ce mur hérissé de piques qui est votre objectif, est une expérience inoubliable.
Inénarrable!
C'est du domaine de l'irréel.
Du magique.
Celui qui n'a pas une fois dans sa vie pourfendu un ennemi d'un coup de braquemart, n'a rien connu.
Celui-là n'a jamais ressenti de plaisir.
Lorsque vous lui fracassez le crâne, vous vous sentez immortel, indestructible.
Invincible.
Vous remerciez le Seigneur de vous avoir permis au moins une fois de connaître un tel bonheur!
Combattre.
Guerroyer.
Massacrer. Jusqu'à épuisement.
Et ensuite, festoyer avec ses compagnons d'arme pour fêter une victoire qui, pourtant, se fait attendre.
Ca c'est l'aventure.
Ca c'est la vie.
Je sais qu'il est inacceptable pour un croyant comme moi de parler ainsi mais cela m'importe peu puisque la vérité de l'assaut est telle que vous perdez toute notion du bien et du mal pour ne garder que celle de l'honneur et de la gloire.
La perversité de la guerre vous fait réaliser, mais trop tard, à quel point vous n'êtes qu'une bête.
Stupide, batailleuse et carnassière. Splendide.
Car oui.
Dieu! Comme je suis beau dans ces moments-là.
Un animal... Un lion.
Ou une licorne.
Les deux en fait.
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