25 février 999 - sur la route
L'autre jour nous avons croisé un vieillard assis sur une pierre au bord de la route.
Il était immobile. Une ombre.
Le caillou qui lui servait de trône devait être plus jeune que lui.
Nous avons passé notre chemin.
"Où cours-tu homme-vent? Qui crois-tu être pour ne pas regarder ce qui t'entoure? Crois-tu donc être l'astre lumineux que tu ne daignes jeter le moindre regard sur tes semblables?"
O'Kensse a ri.
J'étais énervé.
"Et toi, le vieux, que crois-tu m'apporter? Pourquoi prendrais-je le temps de te regarder: tu es si insignifiant? Que fais-tu pour le monde, toi, assis là sur ta caillasse?"
Derechef, O'Kensse a ri.
Oripilant.
Le vieux a pris son temps pour répondre. C'est tout ce qu'il avait à m'offrir sans doute, du temps.
"Vois-tu, étranger, je fais plus assis là sans bouger que toi qui gesticules et te débats avec ton destin!"
O'Kensse était hilare.
"Ah oui? J'avoue ne pas comprendre. Je suis un chevalier. L'épée de l'Autre Monde. L'envoyé de Viviane. Je tuerai tous ceux qui se mettront en travers de mon destin. Et toi? Qui es-tu?"
"Personne. Je suis seulement là, témoin de TON histoire. Sans moi tu n'es rien!"
O'Kensse est venu à mon secours, enfin je l'ai cru sur le moment: "Il est tard. Nous n'irons pas plus loin aujourd'hui. Mais toi poursuis ton chemin! Prends le temps d'écouter ce qu'il a à te dire."
Nous ne sommes partis que le lendemain.
Ô Berch'ed adorée, je sais que c'est toi qui as mis ce vieil homme sur ma route.
Crois-tu que j'ai changé?
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