Lorsque le premier combat a eu lieu sur la plaine entourant les fortifications de Sant-Maloù, c'est comme si j'avais fait ça toute ma vie!
Jamais je ne me suis senti aussi bien.
Le vent qui cingle votre visage, alors que votre destrier galope vers ce mur hérissé de piques qui est votre objectif, est une expérience inoubliable.
Inénarrable!
C'est du domaine de l'irréel.
Du magique.
Celui qui n'a pas une fois dans sa vie pourfendu un ennemi d'un coup de braquemart, n'a rien connu.
Celui-là n'a jamais ressenti de plaisir.
Lorsque vous lui fracassez le crâne, vous vous sentez immortel, indestructible.
Invincible.
Vous remerciez le Seigneur de vous avoir permis au moins une fois de connaître un tel bonheur!
Combattre.
Guerroyer.
Massacrer. Jusqu'à épuisement.
Et ensuite, festoyer avec ses compagnons d'arme pour fêter une victoire qui, pourtant, se fait attendre.
Ca c'est l'aventure.
Ca c'est la vie.
Je sais qu'il est inacceptable pour un croyant comme moi de parler ainsi mais cela m'importe peu puisque la vérité de l'assaut est telle que vous perdez toute notion du bien et du mal pour ne garder que celle de l'honneur et de la gloire.
La perversité de la guerre vous fait réaliser, mais trop tard, à quel point vous n'êtes qu'une bête.
J'attends avec impatience le jour de la prochaine conférence de presse. Avec l'accession de la France à la présidence tournante de l'Europe, elle ne devrait pas tarder.
La patience n'est pas ma première vertu.
La bonne nouvelle: les parents d'Alex m'ont envoyé l'argent en liquide dans la boîte postale ouverte pour l'occasion.
15.000 euros.
C'est pas si impressionnant que ça! Je m'habituerais à avoir une telle somme sur moi en définitive!
Comme beaucoup d'entre nous (sauf peut-être une amie corse!) j'apprécierais d'être riche!
Oui, définitivement, je décrète que le meilleur métier du monde est millionnaire!
Voilà mon but ultime: me marier avec Alex et devenir milliardaire!
Alex?
Je l'entend me dire:
"Et les enfants, chéri? Tu oublies les enfants dans nos projets!"
La mauvaise nouvelle c'est qu'il était accompagné d'un petit mot sec mais explicite:
"Charles faites-en bon usage. Quoi que vous en fassiez nous sommes sûrs que c'est pour le bien d'Alex. Vous nous rembourserez à sa libération!"
J'ai eu tort de les prendre pour des naïfs.
J'ai la somme. C'est tout ce qui compte.
Dès ce soir je vais voir Morrigan.
Elle a des tas de choses à me révéler j'en suis persuadé.
Sa compagnie est agréable, ce qui ne gâte rien...
Son lit?
Il vaut certainement celui de cet hôtel!
Du moins je l'espère car il va me coûter 10.000 euros! ...
"Vouloir épouser ma fille! Quel toupet. Comment peut-on être encore à notre époque aussi discourtois?"
"Lui qui a moins de quartiers de noblesse que mon dernier baudet et qui ne doit se confesser qu'une fois l'an!"
Je vous en passe et des meilleures:
"Le pourceau."
"L'athée."
"Le vilain."
"Le bougre."
"Le bouffeur d'excréments."
... et des pas mures:
"Le sodomite."
"Le pourfendeur de pucelles."
"L'ignoble fat."
Bref, mon hôte était exédé.
La cible de ces sobriquets disgrâcieux et que je vous sers tels qu'ils me reviennent?
Un jeune nobliau de province (comprenez hors Sant-Maloù et ses environs!) qui avait osé, sous les oeillades assassines des gourgandines, demander la main de l'une d'entre elles.
Le déshonneur!
Voilà un motif à la guerre.
TOUT était motif à la guerre.
Même la paix!
Surtout pour Monsieur de Sant-Maloù qui, en plus d'être soupe-au-lait et plutôt sanguin, détenait trois joyaux d'une valeur inestimable pour les quelques "coquins" (ce sont ses propres paroles!) qui ambitionnaient d'évoluer au sein de la noblesse tout en prenant du plaisir.
Ses filles.
D'autant plus que les vierges sont aussi rares qu'un curé sans bedaine!
C'était intolérable.
Pour les deux partis.
Je fourbissais mes armes sans avoir à choisir un camp!
"Ne me déçois pas mon gars! J'ai horreur de ça. Eu égard à tes problèmes actuels, je t'ai dégoté une place à la prochaine conférence de presse de l'Elysée. Tâche de me faire un papier aux petits oignons... Kapish!"
"Merci, boss! Je ne vous décevrais pas, promis!"
Je partais en courant avec mon accréditation pour l'Elysée quand il me rapelle:
"Au fait, c'est la dernière fois que je te sers de secrétaire. Le courrier personnel ne doit pa sarriver au journal. Vu!"
Il me tend un "chronopost" moyen modèle dont le destinataire ne fait aucun doute: Stonenhenge Corporation... Autant dire: mon Cercle vicelard qui m'envoie sa façon de penser après le gigantesque lapin que je leur ai posé.
Le problème avec les lapins c'est qu'ils ne vous créent pas d'ennuis que si vous êtes pensionnaire de la forêt des rêves bleus et qu'il s'appelle Coco, sinon... Ce ne sont que des emmerdes en perspective!
Un de plus ou un de moins me direz-vous!
Où est la différence?
Une telle surprise se doit d'être ouverte dans l'intimité!
Je quitte donc le boss avec un "Merci chef! A plus!" un peu cavalier je vous l'accorde...
Non, je ne parle pas de la forteresse de mon hôte le baron de Sant-Maloù. Certes son donjon est plutôt haut et puissant et ses murs solides, même s'ils ne sont rien en comparaison de ce que j'ai vu depuis.
Non, je parle de citadelles bien plus imprenables: le coeurs des filles de monsieur le baron.
Il est vrai que tant par leur beauté que par leur impertinence, elles se rapprochent de l'image que l'on se fait de ces "créatures" du monde de Lug!
Pourt ma part, faisant partie des privilégiés qui ont rencontré Viviane, je dirais qu'elle me font plus penser à trois petite filles trop gâtées par un père devenu veuf très jeune.
Mais qui suis-je après tout pour les juger?
En plus, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit: l'insolence, quand elle se double de jolis minois, procure un plaisir certain à la gente masculine, dont je suis n'en doutez pas, habituée aux sièges longs et pénibles.
Le désir que procure la victoire n'en est que plus intense.
Pour faire simple: je suis comme un coq en pâte!
O'Kensse nage tel un poisson dans l'eau.
Il est comme partout ailleurs!
A l'aise.
Moi, je suis un navigateur débutant mais j'apprends vite.
Il faut dire que batifoler au milieu de Pasithée, Thalie et Euphrosyne est beaucoup plus aisé que parmi les requins!
Je passais de brillance en verdoyance.
Ca réjouissait l'âme!
Le temps passé en cet eden aura été un régal pour les sens.
J'avoue pourtant ne plus me souvenir aujourd'hui des véritables prénoms des trois Grâces qui m'ont rendu ce séjour si idyllique.
"Illusion!"
"Tout n'est qu'illusion dans votre monde crédule où la beauté du corps prime sur la perfection de l'esprit!"
Je soupçonne O'Kensse de vouloir me faire passer pour fou!
A quoi bon résister?
Je sombrai dans la douceur ouatée de l'aliénation.
"Mon maître, le baron de Sant-Maloù, a appris votre présence dans la cité. Il désirerait que vous lui fassiez l'honneur d'être son hôte dans son château."
"Hein! ... De quoi parlez vous?"
Re-tirage de manche o'kenssien.
"Euh! Oui, bien sûr! Dites à votre maître que tout l'honneur sera pour moi!"
"Et, pour quand dois-je annoncer votre venue?"
Je me lance dans une réponse qui prouve qu'on apprend vite à jouer les nobles:
"Lorsque le seigneur de Sant-Maloù vous convie, point vous ne pouvez le faire attendre. Allez mon brave! Je vous emboîte le pas."
Applaudissements silencieux de O'Kensse.
"Tu peux m'expliquer?"
"T'expliquer quoi seigneur?"
"Arrête, tu veux! C'est quoi ça? Pourquoi suis-je invité comme si j'étais un grand seigneur qu'on attend depuis longtemps? Je suis persuadé que tu y es pour quelque chose. Je me trompe?"
"N'es-tu pas noble? Le baron de Sant-Maloù fait simplement son devoir d'hôte en invitant un grand seigneur de passage dans son fief. Tu devrais être content!"
"Ouais. Je suis sûr que tu ne me racontes pas toute la vérité mais bon... Par contre il va falloir que tu m'aides maintenant. Comment dois-je me comporter? Que dois-je dire ou ne pas dire?..."
Lui, le fan du cinéma des années 50, visserait un vieux feutre sur son crâne, saisirait sa cigarette entre le pouce et l'index, prendrait une lampée de whisky et, avec un accent exagérément américain, dirait: "Alors pépée, que dirais-tu de dire ce que tu sais à Lemmy Caution, ton agent fédéral préféré?"
Ensuite, à l'image d'un Eddie Constantine au faît de sa gloire, il écraserait sa clope de la pointe de la chaussure avant de disparaître en sifflotant un air de mambo.
Seulement, moi, je me débats avec la réalité. Beaucoup plus glauque.
"Qui t'a payé?"
"Un type!"
"Quel genre de type?"
"Le genre qui ne sait rien mais qui obéit fidèlement!"
"Un porte flingue quoi!"
"Oui. On peut dire ça... Ou un proxo des bas quartiers!"
"Il était accompagné?"
"Qu'est-ce que j'en sais?"
"Arrête, tu veux! Ne me dis pas que dans ton taf, on est pas curieuse! ... Etait-il accompagné?"
"Je ne sais pas. Pas loin, il y avait une grosse berline noire qui attendait. Et... avec le taf que je fais, comme tu dis, j'ai aussi appris à ne jamais m'approcher des grosses bagnoles aux vitres fumées!"
"Oui mais t'as vu la plaque!"
"C'est vrai."
"Donne."
"OK. C'est 10.000!"
"10.000 euros? Tu me prends pour un mac ou quoi?"
"Ecoute, mon grand! Primo, c'est pas moi qui suis venue te chercher. Secondo, l'info vaut bien ça, tu peux me croire! Tertio, 10.000 euros, c'est environ la somme qu'il me faut pour m'acheter une nouvelle virginité. Tu piges?"
Mon cerveau se demandait comment trouver une somme pareille. Seul!
Le reste de mon corps, lui, vibrait au rythme des respirations langoureuses de sa poitrine. Opulence de l'âme.
Je connaissais les remparts de Gwened. Magnifiques.
Ceux de Naoned. Solides.
Que dire alors de la cité de Sant Maloù?
Splendide.
Elle est surtout la porte ouverte vers la liberté, vers ma Korydwenn, vers ma nouvelle vie!
Si je reste bouche bée devant la magnificience d'une cité en pleine croissance, je suffoque tant l'air y est frais et iodé.
Se promener dans les rues du port, c'est déjà sentir le large.
Le vent, bruyant des cris des mouettes, apporte des senteurs venues de pays lointains.
Alors, le regard noyé dans l'horizon, on se prend à rêver: on se voit fouler des terres restées inconnues jusque là, découvrir des richesses inaccessibles auparavant, nouer des contacts avec des civilisations anciennes...
C'est ainsi que je me suis vu.
J'ai atteint ce que Brocéliande ne m'avait fait qu'entrevoir dans une vision éphémère et pleine d'espoir de mon avenir.
Voilà ce pourquoi j'étais fait!
Ma décision était prise: je voulais voyager, rencontrer des peuples, trouver des richesses, ouvrir la voie à d'autres ...
La voie de Lug!
Je souhaitais résoudre la grande énigme de notre présence sur terre, répondre à la douloureuse question du bien et du mal, briser le carcan de mon éducation religieuse pour enfin trouver la vérité et la révéler aux hommes.
Il est temps, pour nous tous, de prendre notre destin en main.
Si notre monde n'est pas l'oeuvre du Seigneur, c'est que nous sommes nos propres Dieux!
Samildanach aide moi!
Je brûlerai en enfer mais je suis Loeiz.
Je suis l'ombre au service de la lumière.
Nous avons trop longtemps été éblouis, trompés!
La nature doit reprendre ses droits et la vérité triompher!
Alors que je suivais Morrigan dans l'escalier, ce qui ne manquait pas de perspective, je repensais à ce cher Professeur Jacques.
"Papa" Jacques.
"Pour obtenir de l'info, pas la peine de se prostituer, ni de fouiller les poubelles. Non, les jeunes, pour être un bon journaliste il faut penser à mettre son masque et à danser le menuet!"
A l'époque, nous étions jeunes, naïfs et un peu cons: nous le prenions pour un vieux sénile un peu timbré!
On était complètement à côté de la plaque.
En fait, il nous avait tout dit: le journalisme n'avait plus de secret pour nous! Il s'est bien gardé de nous le dire.
Pour ma part, ça m'aurait fait gagner quatre ans d'études!
Le vieux radoteur!
Aujourd'hui, alors que le parfum de ma compagne m'ennivre, pendant qu'elle s'escrime à trouver ses clefs d'appart, je sais que sa phrase recellait plus de sens qu'on ne croyait de prime abord.
Il voulait simplement nous faire comprendre qu'il nous suffisait de cacher notre personnalité derrière un masque afin de camoufler le plus possible nos véritables intentions à notre interlocuteur.
Ensuite on se laisse guider, faisant croire à l'autre qu'il mène la danse.
Si vous réussissez ce tour de force,et que vous n'êtes pas trop épuisé, il (ou elle en l'occurrence!) vous mangera dans la main après.
Voilà pourquoi notre dialogue, à moi et à Morrigan, a été des plus crus.
C'était le seul moyen d'apaiser ses craintes, de dompter sa réticence.
D'une carne rétive, elle sera désormais, je vous en fais le pari, une jument de pure race prête à galoper si je la mène bien!
J'ai mis mon masque de salaud et nous allons danser toute la nuit.
Voici une "jacquerie" digne de mon bon professeur.
"Mais, ces vêtements sont vrais eux. Comment as-tu fait pour me les acheter sans un sou en poche?"
"Je viens de te le dire: illusion!"
"J'ai peur de comprendre ... Crois-tu que les marchands de Naoned vont apprécier la plaisanterie lorsqu'ils comprendront qu'ils se sont fait floués?"
"Quelle importance puisque tu as tes habits et que je me suis bien amusé! C'est le plus important, non?"
"Tu es fou. Et encore je suis en dessous de la vérité ... Et moi? Tu as pensé à moi? ... Ils vont lancés des tueurs à mes trousses ... Peut-être sont-ils déjà sur mes traces..."
"Ne t'en fais pas: tu ne reviendras jamais à Naoned."
Cette dernière phrase raisonne encore dans ma tête à la fois comme une sentence et une libération.
Sentence car elle met un terme définitif à mon enfance.
Libération car je peux enfin me consacrer à plein temps, à l'avenir radieux qui se dessinait devant moi.
Maintenant que je connais mieux les habitudes de Morrigan, je vais pouvoir essayer de la rencontrer.
Après un saut au journal, je retourne dans mon cybercafé préféré afin d'y relever mes messages éventuels.
Je vais devenir un vrai spécialiste de la culture celte et de tout ce qui tourne autour.
C'est un milieu étrange où se cotoient toutes sortes de gens qui vont des illuminés aux enseignants-chercheurs en passant par beaucoup de fondus du ciboulot!
Je savais que de mettre une annonce pour la vente du collier finirait par payer.
Parmi la dizaine de messages et newsletters que j'ai reçu, un m'est envoyé par LeC@LeC.com.
"Sommes intéressés pour achat collier. Prix raisonnable. RDV au Domaine de Ploucland à Ploucland semaine prochaine 15h00."
Ils sont gonflés tout de même. Ils m'invitent pour soit disant me racheter un collier qu'ils m'ont eux-mêmes envoyé! Certes, dans mon annonce, je ne précisais pas qui j'étais mais je ne les crois pas assez bêtes pour tomber dans le panneau!
Alors pourquoi ce message?
Sans doute préfèrent-ils ne pas prendre de risque!
Si je dis la vérité, ils récupéreront leur bien à moindre frais... et me tueront après. Si j'ai menti et que je ne me rends pas au rendez-vous, ils sauront que c'est moi et ils me tueront! Dans tous les cas je meurs et Alexandra aussi.
Non!
J'ai oublié un paramètre: s'ils m'ont gardé en vie jusque là c'est qu'ils ont besoin de moi!
Pourquoi?
S'ils avaient voulu me piquer leur papelard, je pense qu'ils le pouvaient aisément.
"Je te dis, moi, que le plus court chemin pour l'Hibernie, c'est de couper à travers la forêt! T'es un arbre oui ou non?"
Par ces paroles j'ai mis fin aux procrastinations de O'Kensse.
Me voilà donc de retour (déjà) dans Brocéliande la mystérieuse.
Je suis attiré par elle comme la flèche par sa cible!
Seulement j'ai l'étrange sensation de ne pas être le projectile!
J'y suis comme un pauvre hère à la recherche d'une chose qu'il ne trouvera jamais.
O'Kensse, lui, est bougon.
Pourtant j'ai le sentiment qu'il sourit.
Il faut dire qu'il est chez lui!
Alors que moi...
Je suis doublement perdu: mon corps ne sait pas où il va et mon âme s'abîme dans le gouffre sans fond de la passion!
Il sourit donc pour moi. Malgré moi, devrais-je dire!
Car même si je ne souhaite pas l'admettre je suis heureux de mon sort, jamais il n'a été aussi brillant!
Je porte des vêtements neufs et riches.
Je pars à la conquête de la plus belle créature que cette terre ait portée... même peut-être avant la licorne!
Je suis résolu à devenir un grand seigneur. Le plus grand qu'il soit, afin de faire la fierté de ma mie!
"Oui Korydwenn! Tu seras fière de moi, je serai ton champion même si, pour y parvenir, je dois massacrer tous ceux qui se mettront sur ma route! Même si pour cela, je dois assaillir la forteresse de ton coeur et sans doute y briser mes rêves de gloire!"
Pardonne moi Seigneur, déjà mon esprit, lui aussi s'égare!
Orgueil.
Pêché capital.
Mais qu'importe, puisque je viens de pénétrer dans l'autre monde!
Surtout dans ce que mes confrères nomment les "quartiers chics de la capitale"!
C'est là que m'a promené ma promeneuse!
C'est la que la belle prend un vrai repos après avoir exercé ses talents péripatétiques et transformistes.
Comment je le sais?
Je l'ai suivie.
C'est tout simple mais il fallait y penser et quand il s'agit de réfléchir, je suis parmi les meilleurs! Tout le monde le dit: ma mère, Alexandra... Tout le monde.
Mon monde.
Pour "Le Monde" je suis plus dubitatif car je ne pense pas que les gars du journal me prennent vraiment au sérieux quand je leur dit que je suis un "pigiste d'investigation"!
Plutôt piteux pour une déesse de la mort, vous ne trouvez pas?
Elle a même une spécialité, si j'en crois ses consoeurs bitumeuses : les frappadingues qu'elle fait douiller à prix d'or la réalisation de leurs fantasmes les plus fous!
Elle a donc certainement été payée pour me faire sa petite comédie du pont des arts (qui porte décidément bien son nom!).
Elle s'est acquittée de sa tâche avec un certain talent et ... un goût prononcé pour la mise en scène et le costume.
Ma dulcinée, ma beauté mystérieuse est une dame, la fille d'un très haut dignitaire hibernien. Jamais je ne pourrais la revoir!
Sauf si je deviens seigneur!
J'en arrive même à me demander si O'Kensse n'y est pas pour quelque chose: si ça se trouve il a utilisé sa magie pour faciliter notre rencontre!
Je ne l'en remercierai jamais assez!
Korydwenn.
Korydwenn.
Ca sonne plutôt joliment comme prénom.
Lorsque j'ai demandé à mon goguelin goguenard ce qu'il signifiait, voilà la réponse qu'il m'a jetée (ceci est la version "courte" dans notre propre langue, enfin à peu près!) :
"Elle? Une sainte patronne? Tu veux dire qu'elle s'appelle Brigitte? Et bien tu ne peux pas le dire comme tout le monde!"
"Lorsqu'une langue est belle, on préfère la chanter plutôt que de se laver la bouche après chaque mot!"
Slurp! Slurp! De vider notre gourde sous forme de galéjade.
"Je te jure toi! Tu es vraiment impayable."
Mais déjà mon esprit retourne à des préoccupations plus romantiques.
Je suis amoureux non seulement de l'Archange de la beauté (il existe puisque je l'ai rencontrée!) mais aussi de la patronne du pays le plus ancien du monde!
C'est tout moi ça!
Mais, après tout, ne suis-je pas un grand seigneur putatif?
Une fois de plus mes recherches sur le net se sont révélées instructives mais infructueuses.
Le Cercle?
Qu'est-ce que cela peut être?
Stonehenge?
Bien sûr.
N'importe qui penserait au cercle de pierres sacrées dont la légende dit qu'il aurait pu être créé par Merlin HIMSELF!
Tant qu'on y est, pourquoi ne pas croire aux feux follets, à Cùchulain et consor!
Autant dire: sombrer dans des débilos-croyances à cinquante centimes...
Très peu pour moi!
Non!
Moi je suis cartésien.
Pour moi, un plus un est égal à deux!
Pour moi, le Cercle ne peut être qu'un truc du genre club-select où pour entrer il "faut montrer patte blanche, gros portefeuille et smoking à 1000 euros."
Ca ne peut-être autrement.
Je me refuse à penser à autre chose!
Je suis journaliste. Débutant certes mais journaliste quand même! Alors ce que je cherche ce sont des faits pas des mythes pour gamins attardés!
En parlant de gamin, qu'est-ce qu'elle fait habillée comme ça, cette gonzesse?
Hey! Mais on dirait bien que c'est après moi qu'elle en a!
"Vous désirez quelque chose, belle valkyrie?"
Pourquoi est-ce que je pense toujours que mon charme naturel va opérer?
Et le flics qui ne sont jamais là quand on a besoin d'eux!...
Je commençais à m'impatienter. J'étais fatigué de nos recherches vestimentaires! Je n'écoutais que d'une oreille les propositions mercantiles, je ne regardais que d'un oeil les tissus et les couleurs...
Bref! O'Kensse était le seul à s'amuser!
D'ailleurs comment se faisait-il que personne ne remarquait sa nature? Ils étaient aveugles ou quoi? ... Je ne croyais pas si bien dire! ...
Je vous raconterai!
Mon esprit divaguait!
Mon regard aussi.
Il est alors attiré par un mouvement de foule non loin de moi.
Laissant mon facétieux farfadet à ses occupations, je me dirige vers le lieu du chahut. Bien (ou mal? L'avenir me le dira!) m'en a pris!
Je fends la foule.
C'est quand je suis parvenu à quelques mètres des personnes à cheval, auteurs des troubles parmi les vulgaires, que je l'ai vue!
Père Jean m'a appris que les anges étaient asexués!
Quitte à me faire excommunier, j'affirme aujourd'hui que c'est faux: celui que j'ai découvert ce jour-là était clairement du beau sexe!
Eblouissante.
Gracieuse.
Merveilleuse.
Souriante.
...
Démoniaque.
Ca ressemble à un lexique sans règle précise mais c'est la retranscription la plus fidèle possible des méandres suivis par mon cerveau à ce moment précis.
Je ne savais pas que les "celteries" avaient autant d'adeptes!
Devant l'afflux de site en tous genres sur le sujet, je me suis créé une boîte mel dédiée à toute mes inscriptions diverses et variées de la toile! Jamais je n'ai reçu autant de "newsletter" de ma chienne de vie!
Je dois me fourvoyer!
Je poursuis mes pérégrinations, malgré le mal de tête et la fatigue. Malgré tout!
De toute façon taper m'occupe!
C'est curieusement de ma messagerie perso que provient le "You've got a mail" craint.
"Dernier avertissement! Cesse tes recherches ou elle meurt! Signé: Le CERCLE!"
Comme si le clavier me brûlait je lève les mains!
Réflexe débile!
Je sais très bien qu'ils la tueront de toute façon.
Je continue.
Comment faire pour savoir d'où a été émis le message?
De quel cercle parle-t-on? ...
Quelle signature originale: le CERCLE! Pourquoi pas, le Groupe ou l'Association?
Tiens! Le plus marrant aurait été : "Signés: ILS"!
Comment puis-je encore plaisanter?
Parfois je me dégoûte!
Ai-je le coeur aussi froid que le pendentif que je tripote dans ma poche?...
Certes elle se limite à ce que je porte aujourd'hui mais ce n'est pas une raison pour me dire qu'elle n'est pas digne de ma condition.
Vous vous rendez compte: je viens de découvrir que j'ai une condition?
Ma fierté est à la hauteur de mon sourire!
"C'est bien joli, O'Kensse, mais avec quoi tu veux que je me fasse une nouvelle garde-robe?
A moins que tu ne m'autorises de nouveau à tuer quelques riches voyageurs?
Non?
Ben alors, je ne comprends rien à ce que tu me dis!"
"De l'argent j'en ai, ce n'est pas le problème!"
"Quoi? Tu en as? Et tu me le dis maintenant alors que je me gèle le cul depuis plusieurs jours sur ces routes boueuses!
Tu mériterais que je te... Tu m'énerves!!!"
Me voilà donc, à la foire de Naoned afin d'acheter ce qui me manque!
Ah, petit cachotier, tu as de l'argent? Je ne vais pas me priver, crois-moi!
Si seulement je savais à quoi ressemble une garde-robe de seigneur!
C'est drôle, depuis que je prospecte, je ne tombe que sur des marchands affables! Avant ça je pensais même que ces deux mots "marchand" et "affable" étaient antinomiques!
Ca fait tard, surtout pour ma pauvre Alexandra, mais je ne peux pas faire autrement.
En attendant je vais essayer d'avoir des infos sur mon "ennemi"!
Commençons par le plus facile: le pendentif!
Il me suffit de "googleliser" quelques minutes pour être sur la piste "celte". Si j'en crois le monde de la toile, il s'agit d'une représentation symbolique d'une croix celtique.
Quid?
La journée va être longue et fatigante pour les yeux.
C'est fou le nombre de pages qui traitent du sujet: symbolisme, druidisme, religion, géographie, histoire et légendes... Tout y passe!
Au moment où le cybercafé ferme, je n'ai exploré qu'une infime partie du domaine et dépensé plusieurs dizaines d'euros. "Mon vieux tu bouffes l'héritage de tes enfants!" Voilà ce qui m'est venu à l'esprit à ce moment-là!
T'as pas d'enfants, grosse tâche!
Ce que tu peux être débile parfois, mon pauvre Charles!
"Vous faites des cartes d'abonnement?"
"A demain, merci!"
"Au fait vous ouvrez à quelle heure?"
"Merci, à demain matin alors!"
C'est la première fois que je marche dans une rue et que je regarde les gens! Non, non! Je ne vous parle pas de lever les yeux sur une charmante jeune fille qui ondule du croupion. Non, je vous parle "d'observer" ceux qui vous croisent, qui vous doublent, qui vous bousculent... Essayez un jour et vous constaterez à quel point toutes ces personnes sont... suspectes!
"Qu'est-ce que vous avez à me regarder comme ça vous?"
"Hein?"
"Excusez-moi, Monsieur, je vous ai pris pour quelqu'un d'autre!"
A défaut d'incure, on peut me traiter d'incurable!
Je suis un adorateur de Lug, bon sang! Je devrais apprendre à le vénérer au lieu de citer des expressions latines à tout bout de champ!
Pourquoi celle-ci m'est-elle brusquement revenue?
La lumière est l'ombre de Dieu.
C'était une des préférées de père Jean. Entre autres!
Elle oppose l'ombre et la lumière.
Mieux elle les associe pour qu'elles ne fassent qu'une!
Dualité de l'existence?
Non, plutôt unicité du Seigneur. Omnipotence.
Mais là n'est pas mon propos!
Cour de lumière et cour d'ombre.
Je n'ai pas tout compris à ce que m'a dit O'Kensse. Il parle trop vite.
Je sais juste que celui que je viens de tuer était un "ombreux"!
"Eux, de la cour d'ombre, ne sont différents de nous autres "lunineux" que par leur volonté d'imposer nos croyances aux "non-sylvestres" que vous êtes!"
J'ai juste un peu peur que ce soit un "morceau" de Alexandra! Vous savez, genre: "Si tu ne fais pas ce qu'on te dit on lui coupe le reste!".
Un pendentif.
A moins qu'elle ne me l'ait jamais montré ce n'est pas un des siens.
C'est donc l'indice censé me mettre sur la piste des kidnappeurs!
C'est à ce moment-là que je dis: "Putain! C'est eux! Les salauds, je vais les buter."
Ouais! Ben pas là, non!
C'est plutôt: "Mais qui sait bordel?"
Le mot chifonné au fond de la boîte ne m'en apprend pas plus: il réitère l'avertissement trouvé chez elle sauf qu'il est dactylographié sur du papier de meilleur qualité.
Il est déchiré d'un côté, comme si, pris par l'urgence, on avait ôté un en-tête compromettant.
Il s'agit donc d'une feuille provenant d'une ramette d'une société ou du moins d'un établissement ayant pignon sur rue.
Wouaouh! Je progresse...
C'est désespérant!
Je vais reprendre depuis le début.
Le palais présidentiel. Il me faut y entrer.
Cette fois je vais prendre la voie officielle: je dois obtenir mon accréditation pour la prochaine conférence de presse. Ca sera un début!
En exhibant le bijou, je vais bien voir si je provoque une réaction.
De toute façon, ça urge et je n'ai rien d'autres à me mettre sous la dent (de requin)!
Je sais pourquoi le rédac'chef dit de moi que je suis vert...